Prédication apportée par le Pasteur Charles Nicolas.
LesMarquesDuChretien-Ch.N.
Les marques du chrétien
Luc 23.39-43 ; 2 Timothée 2.19
Certaines personnes voudraient connaître avec certitude qui est chrétien et qui ne l’est pas. Or, c’est là un privilège qui appartient à Dieu seul. C’est le Berger qui connaît ses brebis (Jn 10.14). Les brebis, elles, ne savant pas tout ! Dieu connaît ceux qui lui appartiennent, écrit Paul à Timothée ; ensuite, que chacun prenne garde à lui-même (2 Tm 2.19). Cela rappelle la poutre et de la paille ; et aussi le repas du Seigneur (1 Co 11.28).
D’autres pensent qu’on ne peut rien savoir concernant les autres (et même concernant soi-même). On ne peut être sûr de rien, on est tous en chemin, disent-ils. S’il est vrai que notre jugement n’est jamais infaillible, nous sommes néanmoins appelés à juger – dans le sens de discerner – ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, qui est chrétien et qui ne l’est pas. Comment aider, sinon1 ?
Les marques du chrétien
Beaucoup de commandements de l’Ecriture rendent nécessaire de faire la différence entre un chrétien et quelqu’un qui ne l’est pas. Par exemple : Aimez-vous les uns les autres, cela concerne les chrétiens ! Par exemple : Tu verras comment ôter la paille de l’œil de ton frère, c’est un devoir entre chrétiens.
Ce qui n’est pas juste, c’est de juger d’une manière sentimentale ou orgueilleuse, en se fiant à l’apparence par exemple, ou à ce qu’une personne dit dans un moment donné. Souvent, la Bible dit que l’apparence est trompeuse. Ceux qui disent : Seigneur, Seigneur… (Mt 7.21)2.
Notre jugement doit être spirituel, c’est-à-dire éclairé par le jugement de Dieu. Est-ce possible ? Oui. Cela commence par se méfier de notre propre jugement (notre tempérament, notre éducation, etc.) et devenir sensible à ce qui compte aux yeux de Dieu. Apprenons cela.
Par exemple, un chrétien mal instruit (il croit que Marie est montée au ciel avec son corps) ou un chrétien qui ne va pas bien (il part sans dire au-revoir) pourraient nous faire douter qu’ils sont chrétiens. Mais ils sont peut-être chrétiens ! Le fait que notre jugement doit être spirituel ne signifie pas que la Bible ne dise rien sur ce sujet.
Du cœur, Dieu seul juge. Cependant, dans la première lettre de Jean, on peut trouver cinq signes assez clairs de la nouvelle naissance.
1. Se reconnaître pécheur
Celui qui dit qu’il n’a pas de péché fait Dieu menteur et il n’a pas la vérité en lui (1.10). Quand la lumière de Dieu paraît, elle nous révèle la perfection de Dieu et notre péché. Le Royaume de Dieu se prépare dans la confession des péchés, comme le montre le ministère de Jean-Baptiste. Nous avons ce que méritent nos crimes, dit le brigand.
N’est-ce pas ce que nous disons, même silencieusement, quand nous prenons le repas du Seigneur ? Est-ce pour nous faire revenir en arrière ? Non, c’est pour nous faire avancer. Martin Luther résume ainsi l’Evangile : Dieu déclare juste celui qui se déclare pécheur.
Un pasteur m’a dit un jour : Je n’entends jamais »Je te demande pardon », dans mon église. Pourtant les demandes de pardon sont souvent suivies de grandes joies (et peut-être de guérisons). Dans les couples, le premier qui demande pardon n’introduit-il pas la grâce dans son couple ? Il en est de même dans l’Eglise.
Le contraire de cette attitude, c’est évidemment l’orgueil, c’est l’hypocrisie, c’est la dissimulation, ce sont les excuses, les faux raisonnements trompeurs. L’amour se réjouit de la vérité, dit la Bible (1 Co 13.7). La vérité, c’est qu’il m’arrive encore de pécher.
2. Vivre pour plaire à Dieu
Au ch. 2 de sa lettre, Jean écrit : Petits enfants, je vous écris ces choses afin que vous ne péchiez pas (2.1). Le chrétien pèche parfois, mais il n’en est pas heureux : il est attristé au fond de son cœur ; et une des raisons, c’est qu’il sait qu’il a attristé le Seigneur. On pense à Pierre quand il a nié trois fois connaître Jésus. Quand leurs regards se sont croisés, Pierre a pleuré amèrement (Mt 26.75). Ce n’est pas de la morale ; c’est spirituel.
Paul écrit aux chrétiens de Thessalonique : Vous avez appris de nous comment vous conduire et plaire à Dieu (1 Th 4.1). Plaire à Dieu ! n’est-ce pas une devise pour un chrétien ? C’est la devise d’une conscience éclairée. Portons-la sur notre front !
Je l’ai dit tout à l’heure : il y a des chrétiens qui ont de la peine à marcher comme ils le voudraient (Jean Calvin l’écrit, aussi). Ils sont tristes de trébucher souvent – et le diable va les accuser. Heureusement, ils ont un avocat auprès du Père (1 Jn 2.1). Et les autres chrétiens doivent les encourager plutôt que les accuser.
Ce dont nous devrions être sûrs, pour nous-mêmes, c’est que c’est une joie de vivre pour plaire à Dieu.
3. Aimer la Parole de Dieu
Ce 3ème signe de la nouvelle naissance est bien sûr lié au précédent. La Bible en parle de manière très concrète et il vaut la peine de le rappeler. L’amour de Dieu consiste à garder ses commandement, écrit Jean (1 Jn 5.3).
Celui qui est né de nouveau ne sépare pas Dieu et ses commandements. Il aime Dieu, il aime les commandements de Dieu. Il serre la Parole de Dieu dans son cœur (Ps 119.11), comme un fiancé garde la lettre de sa fiancée. Le Ps 119 dit cela 175 fois : Combien j’aime ta loi ! Elle est tout le jour l’objet de ma méditation. Ta Parole est plus précieuse pour moi que mille objets d’or ou d’argent… Nous devrions relire souvent ce Psaume.
Certains l’ont vécu après leur conversion : ils étaient impatients d’achever leur activité pour aller lire la Bible, ils pouvaient passer des heures devant la Bible, ils la dévoraient. Si notre cœur est ouvert, le temps passé devant la Bible est un temps passé avec Dieu.
4. L’attachement à Jésus-Christ
Quiconque confesse Jésus-Christ venu en chair est de Dieu (1 Jn 3.23 ; 4.2 ; 5.1). Quelqu’un qui n’est pas chrétien peut aimer Jésus et parler de lui, mais il ne confesse pas Jésus. Confesser Jésus implique de croire à sa naissance virginale (pas évident), à sa mort expiatoire (pas évident) et à sa résurrection corporelle (pas évident). Cela implique aussi qu’on a compris qu’il n’y a de salut en aucun autre (Ac 4.12), et qu’on l’a reçu personnellement comme Sauveur et Seigneur.
Il ne s’agit pas de dire sans cesse : Seigneur ! Seigneur ! (Mt 7.21). Mais celui qui n’a jamais le nom de Jésus-Christ dans la bouche, on peut se demander s’il le connaît.
5. L’attachement aux frères et aux sœurs chrétiens
C’est ici le commandement de Dieu : que nous croyions au nom de son Fils Jésus-Christ et que nous nous aimions les uns les autres (1 Jn 3.23). Ces deux points, on le voit, sont liés : l’amour pour le Seigneur et l’amour pour ceux qui lui appartiennent sont un seul et même amour. C’est la tête et le corps (1 Co 12.12). Je lis encore : Quiconque croit que Jésus est le Christ est né de Dieu, et quiconque croit en Celui qui l’a engendré aime aussi celui qui est né de lui. Et nous connaissons que nous aimons les enfants de Dieu lorsque nous aimons Dieu et pratiquons ses commandements (1 Jn 5.1-2. Cf. 2.10).
Concrètement, cela signifie qu’un chrétien aime être avec d’autres chrétiens, pas comme on le vit dans un club ou une association ordinaire, mais à cause du Seigneur, à cause du même Esprit, à cause de l’espérance commune. Jean écrit : Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie quand nous aimons les frères (3.14).
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Si nous vivons nous-mêmes cela, ce sera notre témoignage et cela donnera du poids à nos paroles. Si nous le vivons, nous serons en mesure de le discerner dans la vie de ceux et celles que Dieu appelle ; même s’ils sont différents de nous !
Cela a donc un impact personnel : ces signes sont-ils observables chez moi ? Et il y a une incidence plus large : cela m’aide à reconnaître l’Eglise partout où elle se trouve.
Ch. Nicolas
Annexe
Les marques de la communion
Citations de Jean Calvin
Il est vrai que le privilège appartient à Dieu seul de connaître ceux qui sont siens (2 Tim 2.19). D’une part en effet ceux qui semblaient totalement perdus et qu’on tenait pour désespérés sont ramenés au droit chemin ; d’autre part ceux qui semblaient bien fermes trébuchent.
Toutefois, parce que le Seigneur voyait qu’il est nécessaire de savoir quels sont ceux que nous devons tenir pour ses enfants, il nous a éclairés et mis en place un jugement de charité selon lequel nous devons tenir pour membres de l’Eglise tous ceux qui, par confession de foi, par bons exemples de vie et participation aux sacrements, confessent un même Dieu et un même Christ avec nous.
Quant à l’imperfection de la conduite, nous devons bien plus en supporter car il est facile de trébucher à cet endroit. Puisque, bien qu’elle soit sainte (Ep 5.26), le Seigneur prononce que son Eglise sera sujette à misère jusqu’au jour du jugement, c’est en vain que certains la cherchent pure et nette.
Tous les fidèles doivent se souvenir de ces recommandations de peur qu’en voulant être trop grands zélateurs de justice, ils ne s’éloignent du règne des cieux qui est le seul vrai règne de justice.
Dès lors, que ceux qui ont une telle tentation pensent qu’en une grande multitude il y en a beaucoup qui leur sont cachés et inconnus, qui néanmoins sont vraiment saints devant Dieu.
Qu’ils pensent secondement que parmi ceux qui leur semblent vicieux (ayant des défauts), il y en a beaucoup qui ne se complaisent pas et ne se vantent pas en leurs vices, mais sont souvent émus de la crainte de Dieu d’aspirer à une vie meilleure et plus parfaite.
Troisièmement, qu’ils pensent qu’il ne faut pas estimer un homme d’après un seul fait, d’autant qu’il advient parfois aux plus saints de trébucher bien lourdement.
Quatrièmement, qu’ils pensent que la Parole de Dieu doit avoir plus de poids et d’importance pour conserver l’Eglise en son unité que n’a la faute de quelques mal-vivants à la dissiper.
Qu’ils pensent finalement, quand il est question d’estimer où est la vraie Eglise, que le jugement de Dieu est préférable à celui des hommes.
Il y a toujours eu des personnes qui ont fait croire qu’elles avaient une sainteté parfaite comme si elles eussent été des anges du Paradis, et qui sont arrivés à mépriser la compagnie des hommes qu’elles jugeaient trop faibles.
Il est vrai que les pasteurs ne veillent pas toujours de près et, parfois aussi, sont plus faciles et doux qu’il conviendrait ; ou encore sont empêchés d’exercer une sévérité telle qu’ils le voudraient. Il en résultera que de nombreux impénitents se tiendront parmi les fidèles. Je confesse que cela est un défaut qui ne peut être regardé comme léger, puisque S. Paul le reprend sévèrement.
Mais si l’Eglise ne s’acquitte pas de son devoir, cela ne signifie pas que chacun doive décider de se séparer d’avec les autres. C’est une chose de fuir la compagnie des mauvais et autre chose, par haine d’eux, de renoncer à la communion de l’Eglise.
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1Dire ‘on est tous pécheurs’ revient à dire qu’être chrétien se situe principalement sur le plan moral, ce qui n’est pas juste. Il y a des chrétiens en prison pour mauvaise conduite ; et il y a de gens irréprochables moralement qui ne sont pas chrétiens.
2Jean Calvin écrit : Il y a toujours eu des personnes qui ont fait croire qu’elles avaient une sainteté parfaite comme si elles étaient des anges du Paradis.