Prédication du 15 février 2026.

Prédication apportée par la pasteur Clémence Bury.

Vivre devant un Dieu saint

 

Deut. 30 : 15-20 ;       1 Co. 2 : 6-10 ;        Mt. 5 : 17-37

« Vivre devant un Dieu saint »

*Prière

*Lectures

En ce dimanche, la Parole de Dieu nous place devant une question centrale de la foi biblique : comment vivre justement devant Dieu ? Non pas selon nos critères changeants, ni selon les normes du monde, mais selon la volonté fidèle du Dieu de l’alliance.

Dans Deutéronome 30.15–20, Dieu met son peuple devant un choix clair et solennel : la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Ce choix n’est pas abstrait. Il s’inscrit dans l’alliance conclue avec les pères, et il engage une manière de vivre, d’aimer Dieu et de marcher dans ses voies.

Dans 1 Corinthiens 2.6–10, l’apôtre Paul rappelle que la sagesse de Dieu ne se comprend pas selon les critères du monde. Elle est révélée par l’Esprit, selon le dessein éternel de Dieu, et elle trouve son centre dans le Christ crucifié.

Enfin, l’Évangile selon Matthieu 5.17–37, au cœur du Sermon sur la montagne, nous confronte directement à l’enseignement de Jésus sur la Loi, la justice et le cœur humain. Jésus n’abolit pas la Loi : il l’accomplit. Il ne la relativise pas : il en révèle la profondeur. Et ce faisant, il conduit ses auditeurs jusqu’au seuil de la grâce.

Ces textes confessent ensemble une même vérité centrale :

Dieu est fidèle à son alliance

La Loi est bonne, sainte et juste

L’homme est responsable, mais incapable sans la grâce

Le salut est accompli en Christ et appliqué par l’Esprit

Il n’y a pas opposition entre Loi et grâce, Ancien et Nouveau Testament, commandement et promesse. Il y a une seule économie du salut, progressive, cohérente, christocentrique.

La Loi appelle à la vie.

Le cœur révèle l’impuissance.

Le Christ accomplit.

L’Esprit révèle et fait vivre.

Lus ensemble, ces textes montrent que la Bible ne propose ni un moralisme religieux, ni une grâce sans exigence. Elle annonce un Dieu qui commande pour révéler, qui révèle pour sauver, et qui sauve pour faire vivre.

Pris ensemble, ces textes suivent une logique biblique constante :

  1. Dieu appelle et place l’homme devant un choix d’alliance (Deutéronome)

  2. Dieu révèle sa sagesse par l’Esprit, selon son dessein éternel (Paul)

  3. Dieu révèle en Christ le sens plénier et intérieur de la Loi (Évangile)

J’emprunte le titre de cette prédication à une conférence théologique qui aura lieu en avril à Nîmes, organisée par notre union d’églises et à laquelle je vous encourage à participer : Vivre devant un Dieu saint.

1. L’alliance offerte par Dieu

Les obligations de l’alliance soulignent la nature morale de Dieu, tout en soulignant sa sainteté et sa pureté. Par le biais de préfigurations et de prophéties, le livre du Deutéronome révèle Christ (l’agneau pascal immolé, le prophète annoncé, le médiateur de la nouvelle alliance, sa gravure sur les tables de chair que sont les coeurs, par l’Esprit de Dieu, son institution par le sang de Christ).

Le texte de Deutéronome le dit de la façon la plus simple et accessible qui soit : Chacun a une décision à prendre pour laquelle il n’y a que deux voies : la vie ou la mort, la bénédiction de Dieu ou son jugement. Cela est rappelé par Jésus en Mt. 7 : 13-14 à propos de la voie étroite qui mène à la vie et de la voie large qui mène à la perdition.

Comme dans tout schéma d’alliance, la bénédiction est associée à l’obéissance aux commandements. Ici le commandement est d’aimer l’Eternel, ton Dieu, ce qui n’est pas sans rappeler le résumé de la Loi qu’en donne Jésus « Tu aimeras… ». Cet amour se poursuit dans le fait de marcher dans ses voies et d’observer ses commandements, ses prescriptions et ses ordonnances. C’est donc un amour qui se voit, qui porte des fruits, qui est actif. L’amour pour Dieu se manifeste dans la confiance à Le suivre (marcher dans ses voies) et l’obéissance à sa volonté (observer ses commandements…).

Ce commandement n’est pas posé là tout seul, mais est assorti d’un objectif : afin que …

Ce qui en découle, c’est la vie, la croissance ou la multiplication, la bénédiction, l’héritage.

A l’inverse, face à cette décision entre la vie et la mort, Moïse est parfaitement clair pour exposer ce qui arrive si nous choisissons l’autre voie : la mort. Cette voie se manifeste par un coeur détourné de Dieu, une absence d’obéissance et par-dessus tout l’idolâtrie, c’est-à-dire choisir d’aimer autre chose ou quelqu’un d’autre plus que Dieu.

Ce texte nous rappelle une fois encore qu’il n’y a pas de troisième voie dans ce monde, contrairement à ce que la plupart des gens veulent croire, car ce serait plus confortable.

Pas de possibilité de ne pas se situer, pas de statu quo, pas de neutralité vaseuse. Nous avons tous et toutes l’obligation de nous positionner pendant cette vie : soit pour la vie, soit pour la mort, et cela concerne l’éternité, pas seulement les quelques décennies que nous passerons sur cette terre. Cela signifie qu’on ne peut pas se dire chrétien et ne pas chercher à obéir à Dieu ; on ne peut pas se dire chrétien et faire systématiquement passer quelque chose ou quelqu’un d’autre devant le Seigneur ; on ne peut pas se dire chrétien et décider seul de comment mener et conduire notre vie. Si nous nous conduisons comme cela, alors cela montre que c’est l’autre voie que nous avons choisie, c’est ce que le texte dit ! Et peu importe ce que nous prétendons, Dieu connaît et sonde les coeurs. C’est au fruit que l’on reconnaît l’arbre, n’est-ce pas ?

Dans l’Évangile Jésus dit : « ce ne sont pas tous ceux qui disent « Seigneur, Seigneur » […] mais seulement ceux qui font la volonté de mon Père qui est dans les cieux » (Mt. 7 : 21).

Cela nous concerne, nous qui sommes le peuple de Dieu, car nous avons été appelés à la vie. Et la grâce que Dieu nous a manifestée en Jésus-Christ, son Fils nous donne la possibilité de vivre les exigences liées à un tel statut. Nous sommes choisis et aimés par Dieu, nous devons donc l’aimer en retour et cet amour se manifeste par notre confiance et notre obéissance ; d’autant plus que nous avons un Médiateur, le Christ, qui a parfaitement obéi à son Père et qui nous place au bénéfice de son obéissance et de sa justice !

Qu’en est-il pour les non-chrétiens ? Ce texte nous rappelle la nécessité de dire la vérité à nos contemporains concernant ce choix et cette absence de troisième voie, et la responsabilité qui est la nôtre de les avertir et de les placer, eux aussi, face à ce choix qu’ils doivent faire pendant leur vie, car un jour il sera trop tard !

2. La sagesse de l’Esprit

Dans l’épître aux Corinthiens, Paul nous montre la différence entre un chrétien et un non-chrétien, et cela réside dans l’illumination de l’Esprit Saint. Le véritable croyant est celui en qui l’Esprit Saint habite et dont la vie est dirigée par ce dernier. Cela le rend capable de comprendre la sagesse de Dieu, c’est-à-dire l’Évangile de Jésus-Christ. Celui-ci reste un mystère dont la sagesse échappe au non-croyant, car il ne possède pas l’Esprit de Dieu qui seul peut éclairer ces choses. Les richesses de l’Évangile ont été cachées en partie pendant la période de l’AT, elles sont maintenant révélées par l’Esprit. Dorénavant, la vérité est clairement révélée à tous ceux qui ont reçu l’Esprit, mais elle demeure un mystère incompréhensible pour ceux qui rejettent le Fils de Dieu encore aujourd’hui.

Nous retrouvons ici aussi le fait que Dieu sonde tout, qu’Il connaît parfaitement nos coeurs.

S’y ajoute la grâce incomparable que désormais, par l’illumination de l’Esprit Saint, il nous est donné de comprendre, d’obéir, d’aimer, de manière plus aboutie, car l’Esprit sonde pour nous tout le mystère de Dieu pour l’éclairer et nous le donner à contempler, pour notre bénéfice.

3. La justice de Christ

Enfin, le texte de l’Évangile selon Matthieu éclaire l’ensemble en nous montrant le lien ténu qui demeure entre l’AT et le NT. Jésus-Christ, le Fils de Dieu, est venu accomplir parfaitement les ordonnances et les prophéties de l’AT. Celles-ci ne sont donc pas dépassées, pas plus qu’obsolètes. En revanche, elles ne sont pas non plus à considérer telles quelles comme s’appliquant à nous au même titre qu’elle s’appliquaient à Israël. Elles nous concernent en Christ, par Christ, pour Christ et à travers Christ. C’est lui qui a accompli parfaitement la loi et les prophètes, pas nous. Voilà pourquoi c’est en Christ que nous devons placer notre confiance et notre espérance, et pas en notre capacité propre d’accomplir cette loi ou d’obéir parfaitement aux ordonnances divines.

En accomplissant la loi, Jésus ne modifie, ne remplace et n’annule aucunement les commandements précédents ; il établit plutôt leur véritable but et intention dans son enseignement et les accomplit par une vie d’obéissance. La loi, ainsi que les prophètes, anticipent Christ.

Jésus ne critique pas les Pharisiens pour leur observation stricte de la loi, mais pour leur insistance à s’y conformer de façon apparente sans pour autant adopter une attitude appropriée. En se concentrant sur les apparences, ils évitent la véritable intention de la loi et dissimulent ainsi ses véritables exigences. Les Pharisiens étaient connus pour chercher l’allègement parce qu’ils accommodaient et tempéraient la loi pour l’adapter aux réalités de la vie. De telles adaptations ôtent aux consciences le besoin de la grâce et de la dépendance de Dieu.

Car justement, le but de la loi avec son intransigeance était de faire prendre conscience à l’homme qu’il ne pouvait pas, par lui-même, y obéir. Ce faisant, l’homme ne peut plaire à Dieu et prétendre à la justice devant lui. Ainsi, cela devait le tourner naturellement et résolument à chercher en Dieu son secours et son salut, ainsi que sa justice.

Tout ceci nous est acquis par le Christ qui a pris notre nature humaine, qui a vécu une vie d’obéissance parfaite – une vie comme la nôtre excepté le péché – et qui ainsi nous a obtenu le salut, la réconciliation, la paix et la justice, si nous nous confions en son nom, en sa mort et sa résurrection, et en sa grâce.

La loi de Dieu, elle, n’a pas changé, et elle n’est pas appelée à changer. Seulement, Dieu a pourvu à notre incapacité à obéir à cette loi en nous donnant Jésus, son Fils. Bien plus, il a gravé cette loi sur notre coeur et nous a donné le Saint-Esprit afin que nous soyons rendus capables, nous aussi, d’obéir aux exigences de Dieu – non par nous-mêmes, mais en nous confiant en Jésus, lui qui a été obéissant jusqu’à la mort, et en prenant modèle sur lui.

Dans les versets suivants, Jésus restaure donc la vraie nature de la loi de Dieu, qui exige une sainteté radicale et absolue. Jésus exige une obéissance plus profonde, et non le mépris des commandements de Dieu. C’est en demeurant en lui, et lui en nous, que nous pouvons aligner notre volonté sur la volonté de Dieu et vivre d’une manière qui l’honore et lui rende gloire. Ceci n’est possible qu’à travers le Christ.

Et le texte couvre différents domaines : Violence verbale, toute sorte de conflits, éthique sexuelle, intégrité dans nos paroles, idolâtrie.

Jésus annonce ici qu’une autre justice est nécessaire. Une justice qui ne repose pas sur l’apparence, mais sur la relation à Dieu. Cette parole nous interpelle aujourd’hui. La tentation demeure de relativiser la Parole de Dieu, ou de s’y conformer sans qu’elle transforme le cœur. Jésus nous appelle à recevoir la Loi à la lumière de sa personne. L’obéissance chrétienne est une réponse de foi à celui qui accomplit parfaitement la volonté de Dieu.

Jésus montre concrètement ce qu’est cette justice nouvelle. Il ne contredit pas la Loi. Il en révèle la profondeur. Le meurtre commence dans la colère entretenue. L’adultère commence dans le regard qui convoite. Jésus montre que l’obéissance extérieure peut masquer une désobéissance intérieure.

Jésus nous appelle à regarder plus loin, à examiner ce qui se passe en nous.

Cette parole n’est pas donnée pour écraser, mais pour conduire à la vérité. Elle nous pousse à reconnaître notre besoin d’un cœur nouveau. Et ce cœur nouveau, Dieu le donne par son Esprit.

Jésus montre enfin que la transformation intérieure ne reste jamais invisible. Elle façonne la vie concrète. Jésus appelle à une vie simple, droite, cohérente. Là où le cœur est renouvelé, la fidélité devient possible. Là où l’Esprit agit, la vérité devient naturelle.

L’Évangile nous appelle à une justice nouvelle. Une justice qui ne vient pas de nos performances, mais d’un cœur renouvelé par Dieu. Une sagesse que le monde ne comprend pas, mais que Dieu révèle à ceux qui l’aiment.

Dieu est fidèle à sa Parole. Il donne des commandements saints, non pour écraser l’homme, mais pour lui montrer le chemin de la vie. En même temps, il sait la faiblesse de son peuple et promet d’agir lui-même pour accomplir ce qu’il exige. L’alliance tient ensemble promesses et exigences, bénédictions et avertissements, grâce souveraine et responsabilité humaine.

Ainsi, les textes du jour ne nous invitent ni à un légalisme sans cœur, ni à une grâce sans vérité. Ils nous appellent à entendre la Loi accomplie en Christ, à reconnaître notre besoin du salut, et à marcher, par l’Esprit, dans une obéissance vivante qui conduit à la vie.

Dieu ne parle pas pour troubler, mais pour conduire à la vie. Devant Israël, il place la vie et la mort. Devant les Corinthiens, il révèle une sagesse cachée, inaccessible sans l’Esprit. Devant les disciples, Jésus dévoile la profondeur de la Loi.

Tout converge vers une même vérité : la vie véritable ne se trouve ni dans l’autonomie morale, ni dans la conformité extérieure, ni dans l’intelligence humaine. Elle se trouve dans l’attachement au Seigneur. « C’est lui qui est ta vie » dit Moïse. Jésus le confirme en révélant que la Loi ne vise pas seulement les actes, mais le cœur. Paul ajoute que cette sagesse n’est connue que par révélation.

Il y a ici un renversement salutaire. Dieu ne demande pas d’abord une performance morale, mais un cœur ouvert. La justice du Royaume n’est pas une escalade d’exigences, mais une transformation intérieure. Celui qui aime la Loi ne la subit pas ; il y découvre les merveilles de Dieu. Celui qui écoute l’Esprit ne méprise pas la Loi ; il en comprend enfin le sens.

La question n’est donc pas seulement : obéis-tu ? Mais : à qui es-tu attaché ? Car obéir sans aimer conduit à l’orgueil ou au découragement. Aimer sans obéir conduit à l’illusion. La vie se trouve là où l’amour, la vérité et l’obéissance se rejoignent en Dieu.

L’appel demeure pour chacun de nous : choisir la vie. Choisir de nous attacher au Christ, d’écouter sa parole, de lui faire confiance, et de laisser son Esprit transformer nos cœurs.

Que cette Parole nous conduise à la prière, à la repentance sincère et à une obéissance confiante.
Et que Dieu nous donne de marcher, jour après jour, dans la justice de son Royaume, pour sa gloire et pour notre joie. Amen.

AF 409 « Sur toi je me repose » St. 1,2,4,5