Prédication du 05 avril 2026 dimanche de Pâques.

Prédication apportée par la pasteur Clémence bury.

05 avril 26 – Col. 3, 1-4 – Pâques

Mt. 28 : 1-10 ; Ac. 10 : 34-43 ; Col. 3 : 1-4

*Prière

* Lectures

Nous vivons dans un monde qui parle beaucoup d’espoir, mais qui doute profondément qu’une vraie victoire sur la mort soit possible. La mort reste la frontière ultime. Les progrès scientifiques peuvent prolonger la vie, mais ils ne peuvent pas abolir la mort. C’est pourquoi la résurrection de Jésus-Christ reste aujourd’hui l’affirmation la plus radicale du christianisme. Elle ne dit pas seulement que Dieu console les hommes ; elle affirme que Dieu a réellement vaincu la mort.

Que dit le texte ?

– Dans l’Évangile selon Matthieu que nous avons lu au début du culte, les femmes se rendent au tombeau au matin du premier jour de la semaine. La scène est saisissante : la terre tremble, un ange roule la pierre, et le message est clair : « Il n’est pas ici, car il est ressuscité. » Les femmes deviennent les premières messagères de la résurrection. En chemin, Jésus lui-même se présente à elles. Elles tombent à ses pieds et l’adorent. Le Ressuscité les envoie annoncer la nouvelle aux disciples.

Ce récit relate des faits, ce qu’il s’est passé au matin du dimanche qui a suivi la mort de Jésus sur la croix. L’ange annonce à Marie de Magdala et l’autre Marie que Jésus est ressuscité. Il les envoie proclamer la nouvelle avec trois verbes : venez, voyez et allez. Cette bonne nouvelle ne peut pas attendre et les femmes s’en vont immédiatement, le texte précise même qu’elles courent !

– Dans le livre des Actes, Pierre proclame cette même vérité dans la maison de Corneille. Il rappelle la vie de Jésus, sa mort sur la croix et surtout sa résurrection : « Dieu l’a ressuscité le troisième jour. » Les apôtres ne parlent pas d’une idée religieuse, mais d’un événement dont ils sont témoins. Ils ont mangé et bu avec lui après sa résurrection. Pierre annonce ensuite la signification de cet événement : Jésus est le Seigneur établi par Dieu, et quiconque croit en lui reçoit en son nom le pardon des péchés.

Pierre donne une lecture théologique des événements ; il retrace le passé, donne sens au présent mais dirige également nos regards vers le futur, quand Jésus reviendra en Juge.

– Enfin, l’épître aux Colossiens montre la conséquence de cette résurrection pour les croyants. Paul affirme : « Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, cherchez les choses d’en haut. » La résurrection n’est pas seulement un événement passé ; elle transforme déjà la vie de ceux qui appartiennent au Christ. Leur véritable vie est désormais « cachée avec le Christ en Dieu », et elle sera pleinement révélée lorsque le Christ apparaîtra dans la gloire.

Ces trois textes forment un mouvement cohérent : l’Évangile raconte l’événement, les Actes proclament le témoignage apostolique, et l’épître montre la vie nouvelle qui en découle.

Que révèle-t-il de Dieu ?

Ces textes révèlent d’abord la fidélité de Dieu à son alliance. La résurrection de Jésus n’est pas un événement isolé dans l’histoire : elle est l’accomplissement du dessein de Dieu annoncé dans les Écritures. Dieu a promis la délivrance, et il l’accomplit en relevant son Fils d’entre les morts.

Ils révèlent aussi la souveraineté de Dieu sur la mort. La mort semble être la limite ultime de l’existence humaine. Pourtant, en ressuscitant Jésus, Dieu montre que la mort n’est pas le dernier mot de l’histoire. La puissance créatrice qui a appelé le monde à l’existence agit maintenant dans la résurrection.

Ces textes révèlent également la véritable identité de Jésus. Celui qui a été crucifié est désormais reconnu comme Seigneur et juge des vivants et des morts. La résurrection est la confirmation divine de la mission du Christ.

Enfin, ils révèlent le caractère universel du salut. Pierre déclare que Dieu ne fait pas acception de personnes et que le pardon est offert à tous ceux qui croient en Jésus-Christ. L’Évangile ne concerne pas un peuple particulier seulement, mais toutes les nations.

Qu’exige-t-il de moi ?

La résurrection appelle d’abord à la foi. Pierre affirme que « quiconque croit en lui reçoit le pardon des péchés ». Le premier appel du texte est donc simple et direct : croire au Christ ressuscité et mettre en lui sa confiance.

Elle appelle ensuite à une vie transformée. Paul exhorte les croyants à « chercher les choses d’en haut ». Cela signifie orienter sa vie vers Dieu, vivre selon la réalité du Royaume plutôt que selon les valeurs passagères du monde.

La résurrection invite aussi à la mission. Dans l’Évangile, les femmes sont envoyées annoncer la nouvelle. Le témoignage fait partie de la réponse de la foi. Celui qui rencontre le Christ ressuscité ne peut garder cette nouvelle pour lui-même.

Enfin, la résurrection nourrit l’espérance. Paul rappelle que notre vie est encore cachée, mais qu’elle sera manifestée lorsque le Christ apparaîtra. Le croyant vit entre la résurrection déjà accomplie et la gloire encore à venir.

Ceci étant dit, nous sommes appelés à comprendre ce que cela change pour nous, concrètement.

En effet, on peut croire que Jésus est mort, même qu’il est ressuscité, sans que cela n’impacte jamais notre propre façon de vivre. Or c’est bien là que se situe le problème.

Si notre foi n’est que croyance, alors nous n’expérimentons jamais la vie que nous offre le Christ. Nous restons à côté, à la porte ; nous restons des spectateurs passifs d’un événement certes prodigieux, mais qui ne bouleverse pas notre quotidien.

Or la résurrection de Christ a eu lieu pour tout changer, pour transformer notre cœur, notre esprit, notre vision de la vie. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que la terre tremble à la mort de Christ, et qu’elle tremble une seconde fois à sa résurrection !

Il y a un avant, et un après à la compréhension profonde de cet événement pour ma propre vie ! C’est dans cette compréhension que nous voulons entrer ce matin, pour la gloire de Dieu et pour notre salut.

L’épître aux Colossiens présente une certaine proximité avec celle aux Éphésiens : l’image d’un Christ glorieux qui était à la création du monde et en qui toute l’histoire est récapitulée, qui est la tête du corps qu’est l’Église, qui opère la réconciliation et en qui les chrétiens sont déjà ressuscités.

La raison qui a conduit à la rédaction de cette épître est un danger qui menace l’Église, celui de chercher à mener une vie ascétique au nom d’une sagesse supérieure. Cela conduit l’auteur à un vibrant plaidoyer en faveur de la liberté chrétienne et du fait que nous avons tout en Christ ; nous n’avons donc rien à y ajouter. Par le Christ, devant Dieu, nous sommes déjà ce que nous sommes appelés à devenir : saints, sans défaut et sans reproche.

Cette liberté, bien entendu, ne conduit pas à une vie dissolue mais au service de Dieu et du prochain, dans une intimité toujours plus grande avec le Christ.

La voie de la maturité spirituelle n’est pas celle des révélations secrètes ni celle des disciplines d’autopunition. Elle consiste plutôt à comprendre et à vivre en vertu de l’union du croyant dans la mort, dans la résurrection et dans l’intronisation céleste avec le Christ.

Les Colossiens ont une fausse notion de la réalité céleste, ce qui les conduit ironiquement à fournir des efforts infructueux pendant leur vie sur terre. Une vie fructueuse sur terre commence plutôt par une juste compréhension de la réalité céleste.

La vie chrétienne commence donc par la prise de conscience que nous sommes unis à Jésus-Christ dans sa mort et sa résurrection. En étant ainsi unis au Sauveur, nous sommes en mesure d’entreprendre l’œuvre qui consiste à faire mourir notre nature terrestre et à revêtir les vertus de la vie chrétienne, afin d’être renouvelé en vue d’une pleine connaissance de Jésus-Christ.

Pour pouvoir ressusciter, vous conviendrez avec moi qu’il faut d’abord être mort !

C’est justement tout la difficulté de la vie chrétienne : comprendre que nous devons mourir à nous-mêmes, à notre péché, à notre ancienne nature, afin de revêtir la vie nouvelle offerte par Dieu en Jésus-Christ.

Il s’agit de choses, de pensées, d’attitudes à abandonner… non pas pour plaire à Dieu, car c’est en Christ qu’on plaît à Dieu uniquement. Mais parce que Christ veut nous remplir de sa vie. Parce que, pour recevoir cette plénitude de vie, nous devons faire de la place.

Ce qui doit mourir, c’est notre auto-suffisance, notre orgueil, notre désir de décider seul de la façon de mener notre vie. C’est aussi nos fausses compréhensions de Dieu, pensant que par notre bonne conduite et nos propres forces, nous serons trouvés « méritants ».

Il n’y a pas de juste, rappelle Paul dans l’épître aux Romains, pas même un seul !

Si nous pouvions atteindre Dieu par notre propre justice, pensez-vous que Dieu aurait envoyer son Fils unique mourir sur une croix à notre place, pour nous offrir cette justice qui nous manque ?! Non, même le meilleur des hommes ne peut atteindre la justice nécessaire devant Dieu par lui-même, ni par son obéissance.

Parce que même si nous voulons bien faire, note cœur est abîmé par le péché survenu après la création, et depuis lors nous persistons à vouloir être nos propres maîtres.

Jésus seul pouvait régler le problème du péché, parce que lui est parfaitement juste, parfaitement obéissant. Il est le seul à ne pas avoir connu le péché. Par sa communion entière avec Dieu, il est resté fidèle et obéissant jusqu’à la mort de la croix.

Grâce à son sacrifice, Jésus a obtenu notre justice, notre réconciliation avec le Père, notre paix. Plus encore, par sa résurrection, il veut nous faire vivre de sa vie.

Voilà pourquoi il est bon et nécessaire de croire, mais cela ne suffit pas pour entrer dans la plénitude offerte par Dieu en Jésus-Christ.

Il nous faut non seulement croire que cette œuvre de Jésus est efficace pour nous personnellement, mais aussi la faire nôtre dans notre propre vie.

Les croyants sont morts avec le Christ, ils sont ressuscités avec lui, ils sont avec Christ dans le ciel, ils seront avec lui à son retour, ils se sont dépouillés de la vielle nature et ils ont revêtu la nature nouvelle. Les instructions de Paul concernant le comportement que devrait avoir le croyant ne viennent qu’après sa description de la rédemption accordée par Dieu à son peuple. L’obéissance est une attitude de reconnaissance face à la faveur déjà accordée de la part de Dieu, et non un moyen de la gagner.

Le problème est que notre nature nous pousse à nous soumettre à des obligations religieuses dont l’Évangile nous libère. Or, chaque fois que je quitte ma vie en Christ, je retombe dans le conformisme aux valeurs de ce monde.

Puisque Jésus est assis à la droite de Dieu, la vie chrétienne peut et doit être vécue avec une confiance ferme en Christ et dans une soumission à la suprématie et à la souveraineté de Christ. La seule chose qui soit nécessaire, c’est de veiller à notre union avec le Christ. De cette union découlent tous les bienfaits que Dieu promet à ses enfants rachetés.

Dans la foi, il y a une dimension intime : mon identité profonde, mes peurs et ma liberté, mes souffrances et ma prière, mes désirs et mon espérance ne sont pas publics, ils sont cachés en Christ. Devant Dieu, nous pouvons être en vérité, avec ce qu’il y a de plus caché en nous. C’est dans le secret, l’intimité avec Christ que se joue l’essentiel de la foi.

Le verbe traduit par « cacher » est celui qui a donné en français le verbe « crypter »…

Le fait que notre vie soit « cachée » avec le Christ en Dieu signifie plusieurs choses : d’abord, que la nouvelle vie du croyant n’est pas visible pour les non-croyants, elle est comme dissimulée à leurs yeux puisqu’ils ne peuvent pas voir les réalités spirituelles. Cependant, il est évident qu’un autre sens doit être pris en compte. En effet, le croyant ne peut être séparé du Christ, sa nouvelle vie est assurée en Christ. Ce que Dieu a donné, nul ne peut le reprendre. Il est donc question d’assurance, et cela va plus loin encore que la confiance. Cette assurance est aussi liée à l’espérance certaine du retour du Christ.

Nous sommes morts avec Christ, nous sommes ressuscités avec lui, et nous serons aussi glorifiés avec lui. Voilà la promesse de Dieu, promesse certaine car Dieu est fidèle !

Le matin de Pâques change tout.

Le tombeau est vide. La mort est vaincue. Celui qui a été crucifié est vivant.

Si Jésus n’est pas ressuscité, la foi chrétienne est une illusion. Mais si Jésus est réellement ressuscité, alors toute l’histoire change de sens.

Cela signifie que la croix n’était pas une défaite mais la victoire de Dieu sur le péché. Cela signifie que la mort n’a pas le dernier mot. Cela signifie que l’espérance chrétienne est fondée sur une réalité.

Et cela signifie aussi que chacun doit répondre à cette nouvelle.

Pour ceux qui croient, la résurrection est une immense consolation. Votre vie est entre les mains du Christ vivant. Même la mort ne pourra pas vous séparer de lui.

Pour ceux qui hésitent encore, la résurrection est une invitation. Le Christ vivant appelle à la foi et à la repentance. Il appelle à quitter les chemins qui conduisent à la mort pour entrer dans la vie qu’il donne.

En Christ, nous avons vaincu la mort ! L’éternité nous est donnée ! Marchons donc en nouveauté de vie, dans l’union avec Christ ! Amen.

Annexe, pour aller plus loin…1

La doctrine de Dieu apparaît d’abord avec force dans ces textes. La résurrection est explicitement présentée comme l’œuvre souveraine du Père. Pierre déclare : « Dieu l’a ressuscité le troisième jour » (Ac 10.40). La théologie réformée souligne que la résurrection n’est pas simplement la victoire personnelle de Jésus sur la mort ; elle est l’acte par lequel Dieu atteste publiquement que le sacrifice de la croix est accepté et que le Fils est établi Seigneur. La résurrection révèle ainsi la fidélité de Dieu à son alliance : ce que Dieu promet, il l’accomplit.

La doctrine du salut se trouve également au cœur de ces passages. Dans le discours de Pierre, la résurrection conduit directement à l’annonce du pardon : « quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon des péchés » (Ac 10.43). Dans la perspective réformée, la résurrection n’est pas seulement une preuve de la divinité du Christ ; elle est l’acte par lequel Dieu déclare justifié celui qui a porté le péché de son peuple. La justification du croyant repose ainsi sur le Christ mort et ressuscité. Comme l’écrit Paul ailleurs : « il est ressuscité pour notre justification » (Rm 4.25).

La doctrine de l’union avec le Christ apparaît particulièrement dans Colossiens 3.1–4. Paul affirme que les croyants sont déjà « ressuscités avec le Christ ». Cette affirmation exprime une réalité fondamentale de la sotériologie (doctrine du salut) réformée : tous les bienfaits du salut découlent de l’union avec le Christ. Parce que le Christ est ressuscité, ceux qui lui appartiennent participent déjà à sa vie nouvelle. La résurrection n’est donc pas seulement un événement passé ; elle devient le principe d’une existence renouvelée.

La doctrine de l’Église et de la mission est également mise en lumière. Dans Matthieu 28, les femmes reçoivent l’ordre d’annoncer la résurrection aux disciples. Dans Actes 10, Pierre proclame ce même message aux nations. La résurrection transforme ainsi un groupe de disciples dispersés en une communauté envoyée. L’Église naît du témoignage rendu au Christ vivant. Elle n’est pas d’abord une institution religieuse, mais le peuple appelé à proclamer que Jésus est Seigneur.

Ces textes révèlent aussi l’universalité de l’alliance accomplie en Christ. Lorsque Pierre affirme que « Dieu ne fait pas de considération de personnes », il comprend que la promesse faite à Abraham — « toutes les nations seront bénies en toi » — s’accomplit désormais pleinement. La résurrection marque l’ouverture définitive du salut aux nations. L’alliance, d’abord révélée à Israël, atteint maintenant toutes les familles de la terre par la foi en Jésus-Christ.

Enfin, ces passages orientent l’Église vers l’espérance eschatologique. Paul affirme que « votre vie est cachée avec le Christ en Dieu » et qu’elle sera manifestée lorsque le Christ apparaîtra (Col 3.4). La résurrection inaugure ainsi une tension caractéristique de la vie chrétienne : le salut est déjà réel, mais sa pleine manifestation appartient encore à l’avenir. L’Église vit entre la résurrection du Christ et sa manifestation finale.

Ainsi, les textes de ce dimanche révèlent la cohérence doctrinale de l’Évangile. La résurrection manifeste la fidélité de Dieu à son alliance, confirme l’œuvre rédemptrice du Christ, fonde la mission de l’Église et inaugure la vie nouvelle du peuple de Dieu. Dans la perspective de la théologie réformée confessante, elle apparaît comme le cœur de l’histoire du salut : l’acte par lequel Dieu accomplit ses promesses et ouvre pour son peuple la réalité de la nouvelle création.

1Lecture théologique dans : https://foedus.fr/dimanche-de-paques-annee-a-le-christ-est-ressuscite-matthieu-28-1-10/

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