Prédication apportée par notre pasteure Clémence Bury.
Osée 6 : 3-6 ; Mt. 9 : 9-13 ; Ro. 4 : 18-25
Connaissance de Dieu, repentance, confiance et espérance
*Prière
Les trois textes proposés à notre lecture ce matin forment un tout cohérent, un sorte de cercle vertueux qu’il convient d’examiner pour notre propre salut et notre édification. Ce cercle, il convient de le parcourir durant toute sa vie chrétienne ; nous nous ne pouvons pas nous contenter de l’avoir fait une fois, lors de notre conversion par exemple.
Il en va un peu de même que la dynamique qui soutient le mariage : la Bible enseigne que l’homme doit quitter son père et sa mère, s’attacher à sa femme et qu’ils deviendront une seule chair. Ce mouvement de quitter, s’attacher, devenir, il ne suffit pas de le faire au début. Au contraire, c’est chaque jour qu’il faut continuer à quitter certaines choses, s’attacher toujours plus à son conjoint et continuer à devenir avec lui ou elle une seule chair. Nous pourrions d’ailleurs utiliser cette même dynamique de quitter, s’attacher, devenir, dans notre relation avec le Seigneur ; ce serait tout aussi valable et cohérent.
Mais aujourd’hui, avec les textes que nous allons lire, nous allons voir quel est le mouvement qui nous est proposé.
*Lectures
Connaissance de Dieu, repentance, confiance et espérance. Voilà les mots qui ressortent de ces lectures. Voilà la dynamique qui nous est proposée ce matin. Facile à retenir car ces sont des mots qui riment : connaissance, repentance, confiance, espérance.
Voilà le cercle vertueux dans lequel il nous faut continuer d’évoluer pour le progrès de notre salut et pour notre édification.
Le passage prophétique d’Osée insiste sur la nécessité de connaître – et même de chercher à connaître – l’Eternel. « Faute de connaissance, mon peuple périt » dit le même auteur (Os. 4 : 6). Le sujet de la connaissance de Dieu est présent dans toute l’Ecriture, tant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament. Les enseignants et les prophètes appellent à connaître Dieu, les psalmistes désirent le connaître davantage, les apôtres prient pour que le peuple entre dans une connaissance plus profonde de qui est Dieu et de l’œuvre qu’il a accomplie en Jésus-Christ. Dans l’épître aux Ephésiens que nous avons étudiée cette année, par exemple, on trouve une très belle prière de Paul dans ce sens, dans laquelle il demande à Dieu de nous remplir de sa connaissance et de la compréhension des différentes dimensions de son amour (Eph. 3 : 14-21). On retrouve aussi d’autres exhortations à connaître Dieu (1 : 17 ; 4 : 13 ; 4 : 20). On trouve même, si on se projette dans l’avenir, un verset qui annonce qu’à la fin des temps, « la terre sera remplie de la connaissance de l’Eternel » (Ha. 2 : 14).
On perçoit donc l’importance de ce premier mouvement qui est à la fois en amont de toute autre chose concernant Dieu, mais aussi à chaque étape de notre marche chrétienne, comme une nécessité que nous ne devons pas délaisser. Si certains s’inquiètent de s’ennuyer dans cette quête ou d’arriver au bout et d’avoir terminé, rassurez-vous ! Dieu est infini et éternel. Par nature, nous qui sommes finis et mortels ne pouvons pas le connaître. Mais Dieu a choisi de se faire connaître. Il s’est révélé en Jésus-Christ afin que nous le connaissions. Cette connaissance est appelée à grandir et s’étoffer toujours plus, mais nous ne pourrons en venir à bout sur cette terre. Aucun risque, donc, de ne plus avoir à travailler cette étape ou de nous y ennuyer !
Le deuxième mouvement, qui est soulevé par Jésus dans le texte de l’Évangile de Matthieu que nous avons lu, est un mouvement de repentance et de retour à Dieu.
Pour venir à Dieu, il faut être conscient de ses limites et de ses besoins et savoir se reconnaître en état de manque et de faiblesse, d’incapacité même.
Jésus donne comme image les biens portants et les malades. Il est évident que quand on est malade, on pense généralement davantage à voir un médecin que lorsque tout va bien ! Et il en va de même dans notre relation à Dieu. Il n’y a pas plus perdu et plus éloigné de Dieu que celui qui se pense juste par lui-même. C’est cette attitude que Jésus a dénoncée plusieurs fois chez les Pharisiens notamment. Si on se considère comme quelqu’un de bien, qui obéit à la loi de Dieu et qui donc mérite en quelque sorte d’être regardé avec bonté par le Seigneur ; malheur à nous ! Celui qui tire son orgueil et son mérite de sa propre justice, de sa conduite et de son obéissance n’a pas besoin d’être sauvé ! Il est déjà « clean » à ses propres yeux !
Au contraire de cela, et les exemples ne manquent pas tant dans les Evangiles que dans la vie courante, celui qui se reconnaît pécheur, fautif, indigne ; celui-là aspire à être sauvé, délivré. Son coeur est donc prêt et disposé à recevoir le Seigneur. Pour être sauvé, il faut se reconnaître perdu, tout simplement ! Et cette dynamique là est aussi une attitude de coeur que nous devons cultiver. Car même si, par la repentance lors de notre conversion, nous avons reçu le salut offert par Dieu en Jésus-Christ, il n’en demeure pas moins que chaque jour nous devons renouveler notre dépendance du Seigneur, notre besoin de sa justice, notre incapacité à lui plaire par nous-mêmes. Cela ne nous fait pas douter de son amour ; au contraire cela nous tient attaché à lui et à sa grâce.
Le troisième mouvement que nous trouvons exposé par Paul dans l’épître aux Romains, est celui de la foi et de l’espérance. Quand on commence à connaître Dieu, qu’on cherche à entrer dans les profondeurs de son amour pour nous, à saisir l’oeuvre de salut accomplie pour nous ; cela nous pousse à la reconnaissance de notre état, à la repentance et à l’adoration. Cela nous permet aussi de fortifier notre foi en ses promesses, de consolider notre confiance en lui car plus nous connaissons Dieu, plus nous mesurons qu’à l’inverse de l’être humain, Dieu est fiable, fidèle, loyal, constant. Il ne revient pas sur sa parole mais il accomplit ce qu’il a promis. Voilà une assurance qui nous permet, comme le montre l’exemple d’Abraham, de croire sans douter. Nous pouvons n’avoir aucun doute face aux promesses de Dieu car il fait toujours ce qu’il dit, même si le temps de l’accomplissement est parfois différé. A vue humaine, c’est souvent impossible, mais Dieu est digne de confiance. Impossible qu’il pleuve assez dans la région où habitait Noé pour nécessiter de construire un bateau de 150 m de long, 25 de large et 15 de haut ; et pourtant… toute la terre fut engloutie dans les flots. Impossible pour un homme et une femme qui ont près de 100 ans de donner la vie, encore moins d’imaginer avoir une descendance plus nombreuse que les étoiles du ciel ; et pourtant… Isaac est né, et le peuple d’Israël est un peuple nombreux et résistant à tous les assauts ennemis. On pourrait continuer comme cela, les exemples ne manquent pas. Mais cela nous montre déjà que Dieu est fiable !
La vraie foi est dirigée vers Dieu et non vers nos circonstances ; vers la parole divine et non vers les différentes situations humaines. Voilà pourquoi notre espérance est solide et certaine, car elle s’appuie sur qui est Dieu et pas sur qui nous sommes nous !
Rendre gloire à Dieu est une caractéristique de la foi, car c’est dépendre de la puissance de Dieu et faire confiance à sa promesse. Ainsi quand on croit sans douter, à l’exemple d’Abraham, on rend gloire à Dieu, et on témoigne aux yeux de tous que le Dieu en qui nous avons placé notre confiance et notre espérance, est un Dieu fidèle à ses promesses.
Je voudrais donc insister sur la connaissance de Dieu, puisque c’est de cela dont dépend tout le reste. Notre repentance dépend de qui est Dieu. Notre confiance et notre espérance dépendent de qui est Dieu. Notre témoignage dépend de qui est Dieu. Notre paix dépend de qui est Dieu. Notre capacité à aimer et servir dépend de qui est Dieu.
Et chacun de ces texte nous enseigne quelque chose à propos de Dieu. L’Evangile nous dit que Dieu est venu sauver ceux qui étaient perdus. L’épître aux Romains nous dit que Dieu est fidèle à ses promesses et qu’il est digne de confiance. Elle nous enseigne aussi comment Dieu sauve les perdus, parce qu’il est juste et qu’il veut nous rendre justes.
Le fondement de la justification se trouve dans l’œuvre de Christ. Dans sa mort, le Christ a porté la sanction légale de notre culpabilité. En ressuscitant Jésus des morts, le Père a disculpé Jésus, annulant la sentence de mort et le déclarant juste. Cette preuve d’innocence est le fondement de notre justification par notre union avec le Christ.
La justice n’est pas une œuvre humaine, mais un don de Dieu. Le but de la foi n’est pas d’obtenir la justice, mais de vivre de cette justice ; une justice qui nous est acquise par grâce, par le moyen de la foi, au travers de la mort du Christ à la croix pour nous racheter du péché qui nous séparait de Dieu, et de sa résurrection qui fait de nous des créatures nouvelles, justifiées et mises à part, attachées à Christ pour l’éternité.
Quant au livre d’Osée, il nous fait entrer dans une dimension de Dieu qu’on trouve tout au long de l’AT et qui se trouve contenue dans un mot hébreu dont la richesse est intraduisible en un seul mot. Il s’agit du mot Hessed, ou Hesed (חֶסֶד ). J’y reviens dans un instant.
Comme l’appel à retourner à l’Eternel (v.1), l’appel à la vraie connaissance de l’Eternel est au coeur du message d’Osée. On y trouve une opposition entre la loyauté humaine éphémère et la fidélité et fiabilité de Dieu. Or, notre loyauté à l’alliance est requise, puisque Dieu a fait de nous son peuple, par Jésus-Christ.
Les promesses de Dieu sont une bénédiction pour ceux qui cherchent sa voie, et un jugement pour ceux qui s’appuient dessus pour ne pas changer de comportement.
L’annonce d’un Dieu qui préfère la miséricorde, la bonté, la fidélité, la justice plutôt que les sacrifices, est répétée à de nombreuses reprises dans l’AT. Elle est l’une des clés de lecture que Jésus fait des Ecritures. Jésus a dénoncé l’hypocrisie de son temps.
Mais revenons à cette notion de Hesed. La Hesed de Dieu, c’est son amour infaillible qui est plus grand que sa colère. Je vous disais qu’il était intraduisible en un seul mot. C’est pour cela que suivant les passages dans lesquels se mot se trouve placé, il est traduit par différents mots : loyauté, fidélité, amour inébranlable, compassion, miséricorde, bonté, faveur, grâce, amour d’alliance, justice, …
La Hesed, c’est une action plus qu’un sentiment, un amour fidèle et fiable.
C’est un mélange d’amour, de loyauté, d’engagement et de miséricorde. C’est un amour qui demeure même lorsque l’autre faillit. Un amour qui s’engage pour toujours, non parce que l’autre le mérite, mais parce que celui qui aime a fait une alliance. C’est un amour actif qui se manifeste en actes concrets de compassion, de justice et de protection. La gloire de Dieu, c’est son Hesed. Quand Dieu se présente à Moïse par exemple, il parle de son Hesed : « L’Éternel passa devant lui en proclamant : L’Éternel, l’Éternel, Dieu compatissant et qui fait grâce, lent à la colère, riche en bienveillance et en fidélité » (Ex. 34 : 6).
Cette notion trouve sa plénitude dans le Christ : « Mais lorsque la bonté de Dieu notre Sauveur, et son amour pour les hommes, ont été manifestés, il nous a sauvés – non parce que nous aurions fait des œuvres de justice, mais en vertu de sa propre miséricorde » (Tite 3 : 4-5). Nous qui sommes son peuple, nous sommes appelés à manifester le caractère de Dieu dans nos vies, notamment cette même loyauté/fidélité/compassion/etc. qui le caractérise.
Vivre le Hesed aujourd’hui est à la fois un défi et une espérance. Il est l’antidote à l’égoïsme moderne.
Dans la famille : le Hesed se vit dans la mariage qui reste fidèle même dans la maladie, l’épuisement ou la crise ; dans les parents qui n’abandonnent pas leurs enfants ; dans les frères et sœurs qui se pardonnent et reconstruisent les liens brisés.
Dans la communauté chrétienne : le Hesed se vit dans l’accompagnement pastoral patient, la diaconie envers les personnes âgées ou isolées, l’engagement de chacun dans le service mutuel.
Dans la vie spirituelle : Dieu ne nous aime pas parce que nous sommes saints, Il nous rend saints parce qu’il nous aime avec Hesed ; quand nous tombons, son Hesed nous relève ; quand nous doutons, son Hesed nous soutient.
Mes amis, cette notion seule demanderait plus qu’une vie pour être creusée dans son ensemble, et c’est merveilleux de voir la richesse infinie de ce Dieu qui se donne à connaître. Nous sommes appelés à le connaître, c’est ce que Dieu demande, c’est ce qui l’honore et le glorifie. Il veut des coeurs assoiffés de le connaître, afin que la connaissance de qui il est nous pousse sans cesse à la repentance, qu’elle fortifie notre confiance, qu’elle nourrisse notre espérance. Plus nous connaîtrons Dieu, mieux nous nous connaîtrons également, puisque nous sommes créés à son image et appelés à lui ressembler à l’image parfaite de Christ. Plus nous connaîtrons Dieu, plus notre service et notre vie chrétienne seront féconds, plus notre témoignage sera percutant, plus notre amour pour lui et notre paix seront profonds.
Notre Dieu est fidèle, il accomplira tout ce qu’il a promis, dans nos vies comme aussi dans le monde. Alors ne doutons pas et soyons dans l’assurance. Amen.