Prédication du 06 juin 2021.

Prédication de notre Pasteur Clémence Bury.

Ex. 24 : 3-8 ; Hé. 9 : 11-15 ; Mc. 14 : 12-26 06 juin 2021

*Prière

*Lectures

Nous trouvons dans l’Exode le principe d’une alliance fondée sur le sang. L’alliance de la loi se distingue de la nouvelle alliance. La première était fondée sur l’engagement qu’avait pris Israël de faire tout ce que Dieu avait dit, c’est-à-dire d’observer la loi (v. 3, 7). Le peuple (Ex. 24:5-8) s’engage à observer la loi, et l’alliance est introduite par le sang dont ils sont aspergés, à cette condition. Telle est l’ancienne alliance. Il est évident que cette alliance, et la bénédiction qui en découlait, dépendait de deux choses : de la fidélité de Dieu et de la fidélité du peuple, chose plus difficile ! La bénédiction est ici la suite de leur obéissance ; pour nous, elle est la suite de l’obéissance de Christ (dans le détail aussi, il est vrai, la suite de notre propre obéissance). Le mot alliance, dans la Parole, n’exige pas nécessairement deux parties contractantes. Une alliance est une disposition de Dieu. Si nous sommes de Christ, nous sommes donc héritiers de la promesse. Dieu ne peut manquer à sa fidélité. La nouvelle alliance repose sur une promesse faite à Christ. Étant fidèle à Christ, rien ne peut manquer. Dieu a reçu Christ : il me reçoit. La nouvelle alliance ne dépend donc nullement de la conduite de deux parties, mais de la promesse de Dieu à Christ et de la fidélité de Dieu à sa promesse. Tel est le principe consolant de la grâce. Christ est l’objet d’un amour qui donne et qui promet ; il y a part comme homme parfait et accompli. Nous y avons part par le sang de Christ qui est entré dans le lieu très-saint comme Chef de son peuple. Le sang de l’alliance (Hébr. 13:20) est la preuve que la désobéissance a été expiée et que l’obéissance a été accomplie. Christ a obéi jusqu’à la mort. Voilà l’obéissance sur laquelle est fondée la nouvelle alliance, et le sang qui a été répandu par l’obéissance de Christ est l’expiation de nos désobéissances. Toute désobéissance est effacée, toute obéissance est accomplie. Ce n’est pas dans une obéissance future de notre part que nous trouvons la paix, mais dans l’obéissance déjà accomplie de Christ. Dieu a fait des promesses pour que nous en jouissions avec Christ, mais il faut pour cela que nous soyons parfaitement nettoyés, et pour cela l’effusion de son sang était nécessaire. Le Juif, sous la loi, commençait par la nécessité de l’obéissance ; le chrétien, par la certitude que Dieu est pour lui, par la certitude de son salut, de la fidélité de Dieu, et de ce que Christ a tout accompli.

Une pensée qui préoccupe souvent les âmes est celle de la nécessité d’être aspergé de nouveau du sang de Christ ; et ainsi la jouissance d’une paix complète avec Dieu est souvent empêchée. Il n’y avait, sous la loi, que trois occasions où fût faite l’aspersion du sang. 1° Sur le peuple pour établir l’alliance. 2° Sur le lépreux pour sa purification. 3° Sur les sacrificateurs pour leur consécration. Le sang a été répandu une fois pour toutes sur le peuple. Il n’a jamais été répandu de nouveau et ne le sera plus jamais. Si l’aspersion du sang de Christ est sur moi, ce sang peut-il perdre sa valeur ? Cette valeur pourrait-elle être effacée par quelque chose ? Impossible ! Ma conscience est purifiée pour toujours. C’est la vraie position d’un croyant, de savoir que le sang de Christ est pour lui, devant Dieu, avec sa valeur impérissable. Nous n’appartenons pas à une alliance où l’enfant est puni pour le père. Dieu se révèle comme le Dieu miséricordieux, faisant grâce, lent à la colère, et il y a espérance. Le principe de l’ancienne alliance était l’obligation du peuple à l’obéissance ; elle dépendait autant de la fidélité du peuple que de celle de Dieu ; la nouvelle dépend de la fidélité de Dieu seul, c’est une alliance éternelle.

Sang, péché, sacrifice, transgressions, jugement : nous voici projeté avec la lettre aux Hébreux dans un univers lexical proche de celui de l’Exode mais qui ne nous est plus habituel.

Le propos de l’auteur de ces lignes est une réflexion théologique sur le sens de la mise à mort de Jésus de Nazareth. Il le fait dans le langage religieux de son temps, ou plutôt dans le langage religieux de l’ancienne alliance car l’objectif est de montrer que celle-ci est à présent renouvelée. Il s’adresse à un public au fait des traditions juives. L’argumentation est logique : le Christ crucifié, dont le sang a été versé prend désormais la place du Grand Prêtre dont le rôle principal était de purifier le peuple de son péché par l’aspersion de sang dans le saint des saints à l’occasion de la fête du Yom Kippour. Il dénonce du même fait ce rituel selon l’argumentaire suivant : puisque le sacrifice devait être réitéré chaque année c’est que l’absolution n’était pas efficace car à durée déterminée (le Christ proposant quant à lui une absolution en CDI). Le poids du péché et de la culpabilité surtout demeurait. La répétition du sacrifice en démontre l’inefficacité.

Le sacrifice du Christ est présenté comme sacrifice parfait, définitif. Ce n’est pas la fin du péché, mais sa condamnation est désormais levée : l’homme n’est plus marqué d’impureté devant Dieu l’obligeant à un processus rituel de réconciliation avec Lui.

Le péché demeure aussi sûrement ancré en l’homme que la peau revêt son corps. Il est l’imperfection naturelle liée à la condition humaine depuis la Chute. Mais ce péché ne nous rend plus indigne d’être, n’est plus source de condamnation ou de distinction entre catégories pures ou impures. Nous sommes ainsi tous associés par cette levée de condamnation dans une égale dignité. L’argument principal était cette répétition du sacrifice. Il peut sembler a priori léger, ce n’est pas parce que ma voiture a besoin de faire le plein chaque semaine, que l’essence n’est pas efficace. Si j’ai été confirmé dans la foi de mon baptême suis-je définitivement chrétien et n’aurai-je plus besoin d’alimenter ma foi par la pratique du culte, de la méditation biblique, de la rencontre fraternelle en Eglise ? Qui osera dire oui ? Cette répétition-là est de l’ordre du besoin de l’homme, d’alimenter continuellement sa relation à Dieu, car sa condition pécheresse le tient dans un mouvement de va et vient incessant vis-à-vis de Dieu : il s’en approche et s’en éloigne, s’en approche et s’en éloigne. Par contre la purification du péché opérée par le sacrifice est de l’ordre de la grâce de Dieu et on comprend alors que celle-ci est accordée par le sacrifice du Christ inconditionnellement. Le mouvement de l’homme vers Dieu a besoin d’être éternellement répété, mais le mouvement de Dieu vers l’homme par l’événement de la croix est garanti définitivement. L’homme n’a plus besoin de quémander le pardon de son péché. Le salut n’est plus conditionné par quelque pratique religieuse de contrition que ce soit. Je ne suis pas sûr que nous ayons vraiment tiré les conséquences de cette non-répétition car dans la logique de notre texte, ce n’est pas la confession du péché, ou l’acte de la Cène qui donne l’absolution du péché, aussi sincère que soient ces démarches. Ce n’est que la connaissance et l’acceptation de l’évènement de la mort du Christ, préalable même à notre propre existence qui assurent la libération de la culpabilité du péché. Voilà pourquoi nous pouvons avoir la certitude de notre salut !

Cette nouvelle alliance annoncée par et en Jésus Christ amène une nouvelle pédagogie de la foi et une nouvelle relation à Dieu. Une pédagogie qui n’utilise plus la punition ou la peur de la punition comme outil mais la responsabilisation et la prise de conscience de l’amour premier de Dieu. Si le péché demeure et ne peut que demeurer, nous abandonnons la prétention de pouvoir par nous-mêmes nous en libérer. Et nous pouvons ainsi nous dire avec l’auteur de la lettre aux Hébreux : Approchons-nous donc de Dieu avec un cœur sincère et une entière confiance, le cœur purifié de tout ce qui donne mauvaise conscience et le corps lavé d’une eau pure.

Dans l’évangile de Marc, avant de se donner d’une nouvelle manière à ses disciples, sous les espèces du pain et du vin, Jésus leur annonce la rupture de la communion avec lui. Les Israélites savent depuis toujours que le juste fait l’expérience douloureuse de l’incompréhension, de la solitude, voire du rejet et de la persécution (exemples : Ps. 34,20, Elie et Jérémie sont des prophètes souffrants, le serviteur souffrant d’Es. 53). Ce chemin de souffrance ne sera pas épargné au Fils de l’homme. Bien plus : il est inévitable parce qu’il est plus que tous les autres, « serviteur souffrant ». L’annonce de Jésus d’être venu pour aller jusqu’à l’aboutissement ultime de son service – c’est-à-dire jusqu’à la mort (Marc 10,35-45) – ne peut que provoquer la contradiction. Ce ne sont pas seulement ses adversaires qui contredisent Jésus, mais aussi ses proches : Pierre « n’a que des pensées humaines et ne conçoit pas les choses de Dieu » (Marc 8,31-33). Jésus le traite de « Satan ». Il arrive que même les plus proches ne soient plus en communion avec Jésus.

Dans ce dernier repas de Jésus avec ses disciples, tous doivent se reconnaître comme des traîtres potentiels. Marc ne nomme pas expressément Judas. C’est à des disciples vulnérables, fragilisés, doutant d’eux-mêmes, se suspectant réciproquement et toujours encore incapables de prendre toute la mesure de son cheminement, que Jésus donne sa communion nouvelle.

a) La parole de Jésus sur le pain : Jésus procède comme le père de famille juif pendant le repas: action de grâce pour le pain, fraction en morceaux et distribution aux convives. Mais il y ajoute « c’est mon corps ». Le « corps » (gr. sôma) désigne l’être humain, la personne dans sa totalité.

b) La parole de Jésus sur le vin : Jésus prend la coupe après le repas (chez Luc, il est question de deux coupes, une avant et une après le repas) et la soulève de la table selon la coutume juive, rend grâce et la fait circuler parmi les convives.

Mais il ajoute « ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance versé pour la multitude ».

Selon l’A.T. le sang est la vie. Le sang versé, c’est la mort. Cette mort a un sens : elle sauve la multitude (Es. 53,12). Mais elle a encore un 2° sens: elle réalise l’alliance. Il ne fait aucun doute que la Sainte Cène se réfère à l’alliance du Sinaï (Ex. 24,6-8). Mais elle se réfère aussi à la nouvelle alliance de Jer. 31,31.

C’est toujours Dieu qui réalise l’alliance. Il cherche à établir une nouvelle relation, une nouvelle communion, avec des humains qu’il aime. Il concrétise sa parole d’amour par le signe sacramentel de la Cène. Les humains, 2° élément de l’alliance, la réalisent par la confiance en cette parole d’amour et par leur engagement à la mettre en pratique. Le repas de la communion avec le Christ est un seuil. II y a un avant et il y a un après.

Avant, c’étaient les nombreux repas de Jésus avec ses disciples, mais aussi avec les pécheurs et autres exclus (Marc 14,3-9 ; Marc 7,ss.; Luc 10,38-42 ; Luc 19,1-10 etc…)

Avant, c’était aussi « le dernier repas de Jésus avec les siens ». Cette communion avec le Christ est désormais terminée.

Et que reste-t-il après pour ceux qui vivent entre hier et demain ? Le vide ? L’absence ? Est-ce désormais à eux de remplir le vide, de meubler l’absence par des commémorations des faits du passé et par des commémorations des promesses du futur ? Jésus ne donne pas de programme. Mais par ses paroles sur le pain et sur le vin il promet un nouveau mode de présence, où tous ceux qui cherchent la communion avec lui, seront comblés aujourd’hui même, tout en attendant l’accomplissement final.

1. Le centre du repas est le Christ, auteur du salut. Mais c’est seulement après la résurrection du Christ que les disciples commencent à en saisir la portée.

2. Ce sont les paroles du Christ qui font le sacrement. Jésus ne sublime ou ne sacralise pas un repas traditionnel déjà existant. Mais, comme expression de la totalité de son don, ses paroles proclament et rendent présent le salut.

3. Il y a identité entre salut et communion avec le Christ. Dire communion, c’est dire communication, échange. Quand le Christ se donne au moyen du pain et du vin, il donne sa justice et sa sainteté. Recevoir ce don, c’est être libéré de la servitude du monde, du péché, de la mort, des « puissances ».

De leur côté, ceux qui entrent avec reconnaissance dans la communion avec le Christ, lui offrent non seulement leur action de grâce et leur foi, mais aussi leur péché et leur doute.

4. Le Christ instaure le repas de sa communion pour le temps intermédiaire entre sa présence historique et l’accomplissement eschatologique. Cette période est pour les disciples du Christ, qui sont entrés dans sa communion par le baptême, un temps d’épreuve et de combat. Il s’agit de ne pas trahir le Christ. Il est nécessaire qu’ils puissent retrouver toujours à nouveau la communion avec le Christ. Ainsi la proclamation répétée de l’Évangile est destinée à relever et fortifier ceux qui, de quelque manière, ont trahi. Le repas de la communion a la même fonction que la proclamation de la Parole. Comme celle-là, il est instrument du Christ pour communiquer la grâce.

5. La communion avec le Christ est le fondement de la communion entre les chrétiens. Celui qui est cherché, c’est Dieu. Et il se donne au moyen de sa Parole et de ses sacrements !

La communion entre les croyants ne peut être que le fruit de la communion accordée par le Seigneur.

Réjouissons-nous donc de ce triple rappel de ce qu’est l’alliance en Christ, Lui qui nous a accordé un salut parfait et définitif alors que nous ne le méritions pas. Rendons grâce à Dieu notre Père, Lui qui nous aime inconditionnellement et qui nous offre d’être à jamais en communion avec Lui. Amen.