Prédication du 07 novembre 2021.

Prédication apportée par notre pasteur Clémence Bury.

Alès Marc 12 : 28-34  07/11/21

*Prière

Qu’est-ce qui est plus important que tout ? Chacun a sans doute son avis sur cette question. Chacun peut proposer sa réponse : la santé, le bonheur, l’amour, ses enfants… le sport, le travail… Chacun peut aussi s’interroger sur ce que ses choix de vie désignent comme ce qui est le plus important pour lui… et puis s’apercevoir que la réponse change selon son âge et les circonstances…

C’est à cette même question que nous appelle le texte de l’évangile aujourd’hui.

*Lecture

C’est ici sans doute un des passages les plus connus de la Bible. Pour autant, il ne cesse de poser bien des questions de tous ordres : quelle est l’intention du scribe qui ose la question du « premier commandement » ? Que veut dire « aimer » dans ces deux commandements ? Comment s’articulent-ils l’un avec l’autre ? Qu’est-ce qu’être « loin » ou « pas loin » du Royaume de Dieu ?

Le chapitre 12 de Marc, comme la fin du ch. 11, montre Jésus à Jérusalem, en débat avec les représentants des autorités religieuses de son temps qui contestent son autorité et cherchent à le piéger. La Passion se dessine en toile de fond et le climat est tendu. Dans ce cadre le dialogue de Jésus avec le scribe anonyme qui cherche « le premier commandement » se présente comme une éclaircie, comme un entretien entre deux personnes qui se comprennent et progressent dans la même quête. Cela n’est pas le cas chez Matthieu (22/35) ni chez Luc (10/25) qui voient dans la question une tentative de « piéger » Jésus.

La question du premier commandement n’est pas conforme à la tradition pharisienne qui veut que tous les commandements aient la même valeur et que le non respect d’un seul soit une violation de la loi dans son ensemble. Mais il n’est pas question ici de se libérer de tous les autres commandements. Il s’agit plutôt d’une interrogation sur la ligne de force qui structure et oriente l’ensemble de la loi, qui indique vers quoi elle tend.

Le coeur n’est pas dans la Bible le lieu des sentiments seuls. Il désigne tout « l’intérieur » de l’humain, tout ce qui n’est pas visible : pensée, intelligence, projets, mémoire … Si le coeur de l’homme est totalement occupé par la préoccupation du service de Dieu, il n’y a plus de place pour une autre préoccupation. Ce qui implique en retour que toutes les pensées, les projets et les initiatives du croyant portent la marque de son attachement à Dieu seul. Cette exigence d’exclusivité rend l’adjonction du « second » commandement paradoxale : Il implique que dans le coeur tout occupé par le Seigneur il y ait une place importante pour le « prochain ». Ce paradoxe ne se résout que si l’amour du prochain est la manifestation concrète de l’amour pour Dieu, si le service du prochain est service de Dieu. Ce qui se confirme quand le scribe ajoute « cela vaut mieux que tous les holocaustes et les sacrifices.

La notion de « prochain » est ici essentielle : Le prochain est un être concret, accessible auquel le croyant peut manifester son amour, son respect, son attachement à la volonté de Dieu. Aimer le prochain, ce n’est pas « aimer tout le monde » -et finalement personne. C’est accorder aux hommes et aux femmes qui se trouvent sur la route du croyant tout l’intérêt et l’attention que chacun se porte à lui-même.

Tu n’es pas loin du royaume de Dieu : La remarque semble répondre à la question du scribe en Luc 10/25 ; mais le scribe n’exprime pas ici une quête de « vie éternelle ». Et il reste dans la bouche de Jésus une réserve « tu n’es pas loin » – mais tu n’y es pas encore. Pour être dans le royaume de Dieu, il ne suffit pas d’avoir la théorie, il faut aussi mettre en oeuvre sa volonté. Dans son adhésion aux propos de Jésus, le scribe manifeste une compréhension intellectuelle, pieuse, théologique… de cette volonté. Il lui reste à passer à l’acte, à mettre en oeuvre au concret du quotidien ce qu’il a saisi théoriquement.

Alors il sera sous le règne de Dieu, puisque Dieu occupera en lui toute la place.

Ici, le scribe est venu poser la question à Jésus : où est l’essentiel, le fondamental, ce qu’il ne faut pas manquer. La surprise, c’est que celui qui pose la question est un scribe, un savant, un de ceux qui devraient guider son peuple et les fidèles de son temps et qu’il va poser la question à une sorte de prédicateur errant sans diplôme et sans titre, jeune de surcroît, que ses confrères scribes contestent et attaquent avec virulence ! Et contre lesquels Jésus tient des propos qui n’ont rien d’aimable… Mais ni l’un ni l’autre ne sont ici enfermés dans un rôle. Et peut-être parce qu’il s’agit de ce qui est le plus important pour un être humain, le dialogue devient possible. Et ce scribe qui vient vers Jésus avec respect, admiration et qui accueille avec joie la parole de Jésus nous rappelle que nous n’avons pas le droit d’enfermer les gens et de nous enfermer nous-mêmes dans toutes sortes de catégories.

Dieu d’abord et Dieu seul !

Voilà ce qui est le plus important de tout. Jésus et le scribe sont bien d’accord sur ce point là : Dieu d’abord et Dieu seul ! Il ne s’agit pas d’éprouver pour Dieu un sentiment passionné. Il s’agit de le mettre à sa place dans nos vies : Sa volonté avant la nôtre ! Travailler à l’avancement de son règne avant de nous préoccuper de nos affaires ! Assurer sa gloire et son renom parmi les hommes de la terre avants de cultiver nos petites fiertés personnelles. Dieu d’abord et Dieu seul ! Pas seulement le dimanche, pas seulement quelques minutes par jour pour la prière et la lecture de la Bible. Pas seulement comme une activité privée pour les temps de loisirs. Dieu avant toutes les lois de la république ou de n’importe quel état de ce monde. Avant toutes les lois économiques. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ! Je n’appelle pas, en disant cela, à un esprit de rébellion ou de révolution. Il s’agit de rappeler un ordre de priorité ! Dieu devant, dans tous nos choix de vie : quand nous choisissons un métier ou une activité, et quand nous prenons une décision pour nos vacances, quand nous décidons d’acheter quelque chose et quand nous décidons comment cultiver la terre, Dieu d’abord quand je réponds aux propositions qui me sont faites et quand je réagis à une information…. On dira : Impossible ! On ne peut pourtant pas mêler Dieu à tout ! A nos bassesses et à nos mesquineries, à nos histoires de familles ! Mais voilà : Dieu veut toute la place, partout dans notre vie, dans tous les domaines. C’est lui qui est plus important que tout. Et comme va le préciser le scribe, donner à Dieu la première place, ce n’est pas multiplier les cérémonies religieuses, baptêmes, Saintes Cènes, cultes et célébrations de toutes sortes, ce n’est pas prendre tout son temps en méditation et en prière. Mettre Dieu au premier rang de nos préoccupations, c’est aussi et avant tout obéir à ses commandements, chercher à faire sa volonté. Jésus le rappelle en Jean 14 : 21 en disant : « celui qui obéit aux commandements, c’est celui qui m’aime ! » Aimer son prochain comme soi-même ! Voilà le commandement dont il est question ici ! Il ne s’agit pas de grands sentiments qui ne se commandent pas. Comme le disait déjà le passage du Lévitique (19 : 9-18, 31-37) « aimer son prochain » cela se traduit par des attitudes de tous les jours, par des préoccupations concrètes de justice. Aimer le prochain, c’est éviter de lui mettre des bâtons dans les roues, ne pas colporter des ragots sur son compte, veiller à ce qu’il ait le même niveau de vie que moi. Cela ne signifie pas accepter de lui l’intolérable ou l’odieux, mais laisser toujours à nouveau ouverte la possibilité du dialogue, du changement et de la réconciliation… Cette attention pour l’autre place Dieu à la première place et oriente la vie du croyant au fil des jours. Car c’est ainsi que son nom est reconnu parmi les hommes, que son règne arrive et que sa volonté s’accomplit. Comme le dit le cantique, « le monde verra que nous sommes chrétiens par l’amour dont nos actes sont empreints », autrement dit notre amour pour les autres témoigne de notre amour pour Dieu, il lui rend gloire et le rend visible, présent pour ceux qui ne le connaissent pas !

Oui cette question du scribe semble connue, archi vue, basique… Une question qui semble bien banale, mais que l’on comprend mieux quand on sait qu’au temps de Jésus il y avait énormément de commandements pour les juifs fidèles : 613 commandements positifs, 365 interdictions et 248 autres prescriptions, donc 1226 articles en tout ! L’on pouvait à juste titre se demander ce qui était le plus important pour vivre conformément à la volonté de Dieu.

Cette question était donc capitale pour savoir si un commandement pouvait avoir plus d’importance qu’un autre. Et Jésus ne s’y dérobe pas. Il cite deux commandements. L’un vient du livre du Deutéronome (6,45) : « Shema Israël – Ecoute Israël. L’Eternel notre Dieu est un. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force » et l’autre est tiré du Lévitique (19,18b) : « tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Pour Jésus, l’amour pour Dieu et l’amour pour son prochain sont deux choses indissociables.

Jésus semble dire par sa réponse au scribe : il ne faut pas classer, hiérarchiser les lois. En réalité, il n’y a parmi tous ces nombreux commandements qu’un seul : « Ecoute, Israël ».

Ecoute : car à l’origine il n’y a que la grâce, que l’amour de Dieu. Et chaque commandement est un don de Dieu qui donne aux hommes la possibilité de vivre, comme il est rappelé, aussi dans le Deutéronome (30,15-20) « Vois, je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bien, la mort et le mal, car je te prescris aujourd’hui d’aimer l’Eternel, ton Dieu, de marcher dans ses voies et d’observer ses commandements, ses lois, ses ordonnances afin que tu vives… choisis la vie pour aimer l’Eternel ton Dieu. »

Ne posons-nous pas souvent la même question dans le cadre de notre foi ?

Quel est le sens de ma vie ? Quel est son centre ? Quelle est son unité ?

A la lumière de nos questions, celle du scribe prend une étrange actualité : qu‘est-ce qui est le plus important dans la vie ? Et nous avons aujourd’hui reçu la réponse de Jésus : aimer Dieu et aimer son prochain, voilà ce qui est l’essentiel pour ma vie.

Aimer ce Dieu qui m’aime. Tu m’as aimé Seigneur avant que je ne sois formé, Tu m’aimes avec toutes mes infirmités, Tu m’aimeras toujours, car « ni la mort, ni la vie, (ni aucune chose) ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Jésus-Christ » (Ro. 8 : 39).

Aimer le prochain que Dieu aime. Car Dieu aime chacune de ses créatures.

Et tout commence avec cette déclaration d’amour de Dieu, cette parole d’amour :

Ecoute ! Je suis l’unique Dieu. Je t’aime d’un amour éternel. Aimer Dieu, ce n’est pas une aimable invitation, c’est un commandement et c’est le premier !

Mais comment est-il possible d’aimer Dieu ?

Souvent nous disons que l’amour ne se commande pas. Il est même impossible d’aimer quelqu’un que nous ne connaissons pas. Donc pour aimer Dieu, il faut le connaître !

Et comment le connaître si ce n’est dans ses oeuvres, dans sa Parole et surtout dans la personne de son Fils Jésus-Christ venu nous révéler le Père dans sa bonté, sa compassion, sa miséricorde, sa justice. Une connaissance qui ne s’arrête pas à dire : Dieu existe, je le sais, j’en ai entendu parler, mais qui mène à une relation personnelle avec lui, une communion de sa présence en nous. Lorsque nous contemplons les oeuvres de Dieu, nous rendons gloire au Créateur tout puissant. Et lorsque nous contemplons l’œuvre de salut en Jésus-Christ à la croix, alors nous découvrons le Dieu d’amour, celui qui a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle. (Jean 3,16)

Etre capable d’aller au bout de soi-même, sans compromis, d’être entier, c’est ainsi que Dieu veut être aimé, mais pas lui seul. Jésus ajoute aussitôt : « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Ce commandement est inséparable du premier. Les deux commandements sont semblables. On ne peut vraiment s’approcher de Dieu que si l’on commence à aimer tout ce que Dieu aime. J’aime l’autre parce que Dieu l’aime comme son enfant. J’aime l’autre avec le regard du Christ. C’est Jean qui demandait comment l’on pouvait prétendre aimer Dieu que l’on ne voit pas si en réalité on est incapable d’aimer les gens que l’on rencontre tous les jours (Jean 4,20)

Et Jésus à dit : « ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Matthieu 25,40)

Imaginez simplement ce que serait la vie si nous osions nous aimer les uns les autres comme le Christ nous le commande totalement, sans arrière-pensée, sans conditions, sans querelles ni jalousies. Et si nous voulions bien donner au Seigneur la place qui est la sienne, celle qui lui revient, c’est-à-dire la première place dans nos cœurs, dans nos vies, dans nos décisions. Si nous laissions la volonté de Dieu agir en nous, si nous arrivions à faire taire notre volonté, si nous voulions bien nous humilier pour que tout soit rempli par Dieu et par son amour, sa justice, sa bonté…

Seigneur, viens au secours de notre manque d’amour, viens au secours de notre orgueil, de notre amour pour nous-mêmes, et apprends-nous à aimer comme toi tu aimes, sans arrière-pensées, sans hypocrisie, sans demi-mesure. Fais de nous des bâtisseurs d’amour. Apprends-nous à faire grâce comme toi tu nous as fait grâce, apprends-nous à vivre comme tes enfants.

Amen !