Prédication apportée par la pasteur Clémence Bury.
08 mars 26 – Ex. 17, Ro. 5, Jn. 4![]()
Ex. 17 : 3-7 ; Ro. 5 : 1-2, 5-8 ; Jn. 4 : 5-42
*Prière
Dans ce temps de Carême qui nous rapproche de la croix, ces textes nous sont donnés ce matin afin de mettre en avant la fidélité de Dieu à son alliance, en nous rappelant que le désert est une épreuve qui révèle la fragilité humaine.
L’alliance comporte promesse et exigence. Dieu s’engage, le peuple est appelé à croire.
L’alliance tient, non par la constance humaine, mais par la fidélité divine.
Ces textes ne sont pas juxtaposés. Ils forment un arc cohérent à l’intérieur de l’histoire du salut. Ils décrivent un même mouvement : la soif de l’homme, la fidélité de Dieu, l’accomplissement en Christ et l’ouverture universelle du salut.
La question initiale – Dieu est-il au milieu de nous ? – traverse les trois textes. Dans le désert, elle est posée avec suspicion. Dans l’épître, elle reçoit sa réponse doctrinale. Dans l’Évangile, elle se résout en rencontre vivante et vivifiante.
La question de Massa trouve sa réponse ultime dans la croix. La justification par la foi signifie que l’alliance nouvelle repose sur un acte accompli. La paix est le résultat d’une réconciliation objective.
La cohérence est profonde : Dieu établit son alliance. L’homme l’éprouve et la met en doute. Dieu demeure fidèle. Il accomplit ses promesses en Christ. Il répand son Esprit. Il rassemble un peuple qui adore et qui témoigne.
La soif du désert trouve son terme dans l’eau vive du Christ. L’histoire d’Israël converge vers la révélation du Sauveur du monde.
*Lectures
Nous vivons dans un monde où tout va vite. On travaille, on court, on consomme… Et pourtant, beaucoup disent en silence : je suis fatigué. Fatigué physiquement, mais surtout intérieurement. Quelque chose manque, une soif demeure…
Nous multiplions les puits : reconnaissance, réussite, distraction, activisme religieux même. Rien de cela ne supprime la soif. Seul Jésus le peut. Seul le Christ donne l’accès au Père.
C’est ce qui nous est rappelé et offert aujourd’hui.
La première question qui nous est posée est de savoir où cherchons-nous la vie lorsque tout se dessèche ? Car la soif révèle le coeur. Il convient donc, notamment à l’écoute du texte de l’Exode, d’examiner nos murmures, d’identifier les lieux où nous mettons Dieu à l’épreuve, de comprendre que l’épreuve révèle ce qui gouverne réellement notre confiance. Ex. 17 : 3-7 se situe peu après la sortie d’Egypte et avant le don de la Loi au Sinaï. Israël est déjà bénéficiaire de la rédemption objective. Pourtant, le désert révèle une crise plus profonde que la soif physique : la crise de la confiance. Ce récit constitue un test d’alliance avant même les exigences de la Loi.
Il raconte la soif d’Israël dans le désert. Le peuple murmure. Le verbe « lun » au verset 3 désigne un murmure persistant, une plainte qui devient contestation. Il ne s’agit pas d’une simple demande, c’est une mise en accusation. Le peuple met Dieu à l’épreuve : « L’Eternel est-il au milieu de nous, ou non ? » Au verset 4, Moïse « cria » vers l’Eternel. Le verbe « tsa’aq » exprime un appel urgent, presque judiciaire. Au verset 6 le verbe « nakah », frapper, est fort. Il est utilisé pour désigner des frappes judiciaires. Moïse frappe le rocher à Horeb, l’eau jaillit. Dieu donne la vie là où il n’y a que pierre et aridité. Le salut vient à travers le jugement.
Pour Augustin qui relit le passage à la lumière de 1 Co. 10 : 4 : « Le rocher était le Christ », l’eau jaillissante préfigure le don de l’Esprit qui découle du Christ frappé.
Le désert est une pédagogie d’alliance. Le récit révèle trois éléments fondamentaux :
– la rédemption précède l’obéissance. Israël est déjà délivré lorsqu’il murmure.
– la médiation est indispensable. Moïse se tient entre le peuple et Dieu.
– la présence de Dieu est le coeur de l’alliance. La question « L’Eternel est-il au milieu de nous ? » traverse toute l’Ecriture.
Le rocher frappé annonce le Messie frappé. L’eau dans le désert annonce l’Esprit répandu. Là où le peuple met Dieu à l’épreuve, Dieu répond par une grâce qui dépasse l’infidélité.
La tentation consiste souvent à juger Dieu à partir des circonstances visibles plutôt qu’à partir de sa promesse. Or sa promesse est certaine car Dieu est fidèle et vrai.
Ainsi nous faut-il ancrer notre assurance non dans nos performances, mais dans l’œuvre accomplie du Christ.
Cette œuvre nous est rappelée dans l’épître aux Romains.
Ro. 5 : 1-2, 5-8 annonce la paix avec Dieu par la foi. Justifié en Christ par son sacrifice à notre place à la croix, nous avons accès à la grâce. Le temps du verbe en grec souligne un acte accompli. La justification n’est pas un processus graduel mais un verdict divin rendu une fois pour toutes. La paix obtenue est objective, cessation de l’hostilité judiciaire, non un simple sentiment intérieur. L’accès dont il est question au verset 2 désigne l’introduction auprès d’un souverain. Là aussi il s’agit d’un état acquis et durable. Nous « demeurons » dans la grâce, la position est stable. L’espérance vise « la gloire de Dieu », elle ne déçoit pas. L’amour de Dieu a été répandu, verset 5. Là aussi, le temps employé souligne un effet durable. La structure est trinitaire : paix par le Fils, amour répandu par l’Esprit, réconciliation avec Dieu. Au verset 6, le « temps fixé » montre une détermination souveraine dans l’histoire du salut. L’initiative est divine et antérieure à toute amélioration morale. La substitution est accentuée.
Le désert n’est pas l’absence de Dieu ; il devient le lieu où sa grâce se révèle.
Calvin insiste sur la distinction entre justification et sanctification. La paix est fondée sur le verdict divin, non sur le progrès moral. Il affirme que « Dieu nous a aimés non parce que nous étions dignes d’être aimés, mais afin que nous le devenions ».
La mort du Christ n’est pas exemplaire seulement, elle est représentative et pénale.
A la croix, Jésus se charge de nos fautes, il porte sur lui le péché du monde, et il met en nous sa justice parfaite afin que nous soyons trouvés justes devant Dieu.
L’amour répandu par l’Esprit manifeste la dimension interne de la nouvelle alliance annoncée par Jérémie 31. La loi n’est plus seulement externe, elle est intériorisée.
Ainsi, Romains 5 articule l’objectivité de l’œuvre du Christ et la subjectivité de son application. La paix n’est pas un sentiment produit par l’homme, mais une réalité fondée dans l’acte souverain de Dieu et scellée par l’Esprit.
Nous en arrivons maintenant à l’Évangile de Jean qui place Christ devant nos yeux ; Jésus qui vient à notre rencontre, qui révèle notre vraie soif et offre l’eau vive, et qui fait de nous des adorateurs et des témoins.
1. Jésus vient à notre rencontre là où nous sommes.
Il existe 3 barrières à la relation entre Jésus et la samaritaine.
-Celle de la nation et de la religion : Jésus est juif et la femme est samaritaine. Ces deux peuples ont la même origine et adorent le même Dieu. Mais l’histoire les a séparés et leur religion a évolué différemment. Les uns n’adorent qu’à Jérusalem alors que les autres font leur culte sur leur montagne sacrée, le mont Garizim. Pour cette raison les juifs pieux rejetaient les Samaritains comme idolâtres. La différence religieuse a entraîné des cultures différentes, le mépris des uns et la rancune des autres. Nous avons connu cela entre protestants et catholiques. Jésus franchit cette barrière et, au grand étonnement de la femme, lui adresse la parole. Elle réagit : « comment peux-tu ?… Eh oui, il le peut !
-La seconde barrière se dresse entre hommes et femmes : l’évangéliste Jean écrit que les disciples, à leur retour, étaient étonnés de voir Jésus parler avec une femme. Nous voyons encore les traces de ce temps où les écoles n’étaient pas mixtes, où hommes et femmes n’étaient pas assis côte à côte pendant le culte. La méfiance entre les sexes et la peur de l’autre forment aussi une barrière que certains s’évertuent encore à bétonner. Jésus franchit aussi cette barrière en établissant avec cette femme une relation saine où on peut parler de sujets vitaux sans qu’il y ait des sous entendus peu avouables.
-La troisième barrière se dresse entre la femme, dont la vie familiale était chaotique, et les habitants de la ville : elle vient puiser l’eau à midi, l’heure où elle ne rencontre personne. A la fin de l’histoire, elle va vers les gens et leur dit « cet homme m’a dit tout ce que j’ai fait » ; ce passé dont elle avait honte, elle peut maintenant l’assumer.
Mais Jésus franchit les barrières. Il ne commence pas par un reproche, il commence par une relation.
C’est déjà une bonne nouvelle. Le Christ nous rejoint dans notre fatigue, dans nos confusions, dans nos blessures. Il vient dans notre quotidien. Il ne contourne pas nos déserts, il s’y rend.
2. Jésus révèle notre vraie soif et offre l’eau vive.
Jean 4 : 5-42 montre Jésus au puits de Jacob, face à la femme samaritaine. Le lieu est précis : Sichar. Jean ancre le récit dans l’histoire patriarcale. Jésus se présente comme la source, Il promet une eau vive. Celui qui boit de cette eau n’aura plus jamais soif. L’eau qu’il donne devient une source intérieure jaillissant pour la vie éternelle. L’eau vive, conformément aux promesses prophétiques d’Ezéchiel 36 et 47, est accomplissement de la nouvelle alliance.
Cela ne veut pas dire que nous n’aurons plus jamais de problèmes. Cela veut dire que notre soif la plus profonde sera comblée.
Nous cherchons tous à étancher cette soif. Par la réussite, par l’amour, par l’argent, par la religion même. On pense que si l’on change de situation, de relation, de rythme, alors tout ira mieux.
Mais la femme avait déjà essayer de combler son vide : cinq maris, une relation instable… et toujours la même soif.
Jésus met alors sa vie en lumière avec vérité. La grâce ne ne pas la vérité, elle la révèle pour guérir. Voilà pourquoi si nous refusons de regarder la vérité de nos vies, de nos situations, de nos coeurs devant le Seigneur, alors nous ne pouvons pas guérir.
Beaucoup voudraient un Christ qui console sans déranger, qui guérit sans s’immiscer. Mais l’eau vive passe par la lumière. Il faut accepter que Dieu dise la vérité sur nous. Non pour nous écraser, mais pour nous sauver.
Et cette eau vive, c’est la vie de Dieu en nous. C’est la paix annoncé par Paul : « Justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu ». Ce n’est pas une émotion, c’est une relation rétablie.
Le désert d’Exode 17 demandait : « Dieu est-il au milieu de nous ? » A la croix, Dieu répond définitivement : « oui ! ».
3. Jésus fait de nous des adorateurs et des témoins.
Le Christ se présente comme le don définitif de Dieu. Là où Israël a murmuré devant le rocher, le Fils se tient lui-même comme la source. Le désert géographique cède la place au désert intérieur. Le vrai manque n’est pas l’eau du puits, mais la communion avec Dieu. La rencontre ne laisse pas la femme au même point. Elle abandonne sa cruche. Le signe est discret, mais décisif : ce qu’elle venait chercher n’est plus l’essentiel. La discussion sur le lieu du culte débouche sur une révélation décisive : le Père cherche des adorateurs en esprit et en vérité. L’alliance n’est plus circonscrite à un lieu géographique. Elle s’actualise dans la communion au Fils par l’Esprit. Le culte devient christocentrique (centré sur Christ) et pneumatologique (par le Saint-Esprit).
Le centre, c’est Christ. Adorer en vérité, c’est venir à Dieu par le Christ. Adorer en esprit, c’est être animé par l’Esprit de Dieu.
Le Père cherche de tels adorateurs. Il cherche des coeurs transformés, pas seulement des gestes religieux.
En Christ, l’alliance s’élargit : les Samaritains confessent le « Sauveur du monde ».
Luther souligne que la foi naît ici de la Parole entendue, non de signes spectaculaires.
Il y a dans ce récit un tournant missionnel. Le salut sort du cadre strictement juif pour anticiper l’inclusion des nations. La femme laisse sa cruche, elle repart vers la ville, elle témoigne. Elle ne fait pas un long discours, elle dit « venez voir… ».
Quand on a rencontré Christ, on ne garde pas cela pour soi.
Cela nous concerne directement. Notre foi n’est pas une affaire privée. Elle est une bonne nouvelle pour ceux qui nous entourent et qui ont besoin aussi de rencontrer « le Sauveur du monde ». Nous pensons souvent que les gens sont fermés. Dieu, lui, voit des coeurs prêts. La mission ne repose pas sur notre génie stratégique. Dieu prépare la moisson, il nous appelle à lever les yeux.
Aujourd’hui encore, le Christ vient à notre rencontre. Il révèle notre vraie soif. Il offre l’eau vive. Il fait de nous des adorateurs et des témoins.
Nous vivons avec des peurs : peur de manquer, peur d’être rejetés, peur que notre vie n’ait pas de sens. Le Christ ne promet pas une vie sans désert. Il promet sa présence au coeur du désert. Et c’est cela qui change tout.
Parce que Dieu reste fidèle à son alliance, sa présence est certaine.
Parce que Christ nous a obtenu la réconciliation, l’accès auprès du Père et la vie éternelle, alors nous sommes en paix avec Dieu.
Parce que l’Esprit a déversé dans notre coeur l’amour de Dieu et qu’il nous donne de vivre de la vie du Ressuscité, alors nous devenons capables d’adorer Dieu en esprit et en vérité et d’être ses témoins auprès de tous ceux qui nous entourent.
Car la moisson est proche, et c’est l’Église qui reçoit la mission de récolter ce que le Seigneur a préparé. Cela nous concerne tous !
Ainsi, la question de Massa : « L’Eternel est-il au milieu de nous ? » trouve sa réponse en Jésus-Christ, une fois pour toutes, Dieu parmi nous. Reste à savoir si nous recevrons l’eau vive et si nous la laisserons déborder autour de nous, ou si nous préfèrerons retourner aux puits qui ne désaltèrent jamais, et rester dans une soif permanente qui nous laissera insatisfaits. Le Seigneur s’offre à nous, nous sommes appelés à vivre de Sa vie ! Amen.
→ JEM 463 « Nous t’adorons »