Prédication du 10 octobre 2021.

Prédication apportée par notre pasteur Clémence Bury.

Alès                                                                                           Marc 10 : 17-27                                                                         10/10/21
Une chose est sûre, chers amis, un chameau ne passera jamais par le trou d’une
aiguille. [photo]
Ce texte nous pose plusiseurs questions mais avant tout, il nous faut nous mettre d’accord sur le terme de « riche ». Parce qu’en général à l’écoute de ce texte, on a deux solutions : soit se dire qu’on n’est pas concerné puisqu’il y a toujours plus riche que nous, soit se dire que quand même Jésus y va un peu fort avec les riches ! Alors :
C’est quoi, être riche ? Est-ce qu’on est riche à partir de quatre mille ou 100 000 € de revenus mensuels ? Pour beaucoup de monde sur cette terre on est déjà riche quand on peut acheter sans trop compter tout ce qu’il faut pour vivre et un peu plus pour le plaisir. Mais la richesse, ce n’est pas qu’une histoire de portefeuille.
On est riche aussi quand on a acquis beaucoup de connaissances, quand on peut cultiver son intelligence, quand on a beaucoup de temps pour de multiples loisirs, quand on peut compter sur beaucoup d’amis, quand on a de nombreuses capacités et qualités, quand on reçoit beaucoup d’amour, quand on a une bonne santé et des forces : On est riche de façon très variée.
Aux yeux des deux tiers de l’humanité, nous sommes quand même, nous européens, parmi les riches de la planète.
Qu’en est-il alors, de notre héritage de la vie éternelle ? Qu’en est-il de notre accès au royaume de Dieu ? Qu’en est-il, de notre trésor dans le ciel ? Qu’en est-il de notre salut, à nous, qui faisons partie des nations regroupées dans le « G8 », parce qu’elles sont les plus industrialisées et les plus riches du monde ?
Jésus ne condamne pas les riches. Il n’idéalise pas non-plus la pauvreté ni les pauvres : ce n’est pas parce qu’on est pauvre, qu’on est automatiquement quelqu’un de bien. Et être riche n’est pas un péché. Simplement c’est une responsabilité plus grande : il faut partager. Par contre Jésus met en garde les riches, car ils risquent de devenir les esclaves de ce qu’ils ont. S’ils ne sont pas attentifs, ils se laissent dominer par leur richesse, se font accaparer, capter par elle. Leurs peurs de perdre les rend méfiants voire agressifs et oppresseurs. Ils sont pleins aux as peut-être, mais surtout trop plein d’eux-mêmes. L’impossibilité de cet homme riche était alors celle ne n’être pas suffisamment démuni pour avoir ce vide en soi qui ouvre à l’autre, aux autres, à l’enthousiasme, à la recherche de la justice et de la
vérité, à Dieu. Il n’avait faim et soif de rien…
Ainsi il apparaît qu’au-delà de cette question de biens matériels, la radicalité de l’exigence de Jésus vis-à-vis de cet homme est aussi à lire dans le sens où tout effort de satisfaire Dieu est vouée à l’échec : on ne peut jamais donner suffisamment pour con-venir, venir avec Jésus. On ne sera jamais à la hauteur. Par contre, on peut com-prendre qu’on est là dans une question d’attitude fondamentale : il n’y a rien à faire mais tout à recevoir. La posture de foi, c’est le mouvement inverse de celui qui cherche à se saisir de quelque chose : c’est se défaire pour se laisser saisir. C’est avoir besoin pour demander et demander pour recevoir.  Du coup la question du jeune homme est d’emblée mal posée ! Il ne s’agit pas de faire quoi que ce soit. Et pourtant, souvent ça nous rassurerait d’avoir une liste de choses à faire en vue du salut, nous aimerions que cela dépende un peu de nous quand même ! Quel égo ! Ce n’est pas ainsi que Dieu nous sauve, et heureusement, car même si l’orgueil en prend un coup, nous serions perdus si cela devait dépendre de nos capacités, de notre obéissance, de nos œuvres ou quoi que ce soit d’autre !
Comme les disciples de Jésus à l’époque, il y a aujourd’hui aussi des chrétiens qui sont dérangés et même effrayés par cette image impossible du chameau qui passerait par le trou d’une aiguille, plutôt qu’un riche n’entrerait dans le royaume de Dieu. Il est étonnant et significatif de voir combien d’exégètes, de théologiens et de traducteurs de la Bible ont cherché à affaiblir et à rendre plus acceptable cette « hyperbole » du chameau et de l’aiguille, parce qu’ils trouvaient que, par cette image exagérée Jésus ridiculisait trop les riches et leur richesse.
Certains commentateurs ont trouvé, par exemple, qu’une petite porte dans la muraille de Jérusalem était appelée le « trou de l’aiguille ». D’autres, comme les moines de Maredsous et d’Hautecombe, signalent en note de leur traduction, que le mot « chameau » pouvait aussi désigner un câble ou une grosse corde. Mais, même si ces trouvailles sont exactes, elles ne constituent quand même que de pauvres tentatives d’échapper avec nos richesses ou avec notre envie de richesse au jugement de Jésus qui ne nous laisse aucune illusion. Elles ne font que prouver, que nous avons toujours à nouveau besoin d’être libérés de nos illusions et surtout de la croyance idolâtre de la toute puissance de l’argent. Car, il y a un danger, contre lequel Jésus nous met en garde dans le sermon sur la montagne : « Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un et aimera l’autre ; ou il s’attachera à l’un et  méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon. » (Mamon est, dans la Bible, la personnification de l’argent.)
C’est pour cette raison que Jésus veut absolument que les siens soient libres de cette emprise de la richesse et de l’argent. C’est cela que nous montre sa rencontre avec le jeune homme riche. Et, l’évangéliste Marc nous le dit : « Jésus le regarda et l’aima, puis il lui dit : il te manque une chose… » Eh oui, chers amis, quand on aime quelqu’un, on voudrait qu’il soit heureux. Et, pour qu’il soit parfaitement heureux, il faut aussi qu’il soit entièrement libre ; qu’il ne soit donc dépendant ou esclave de rien. Voilà ce que Jésus veut donner à ceux qu’il aime : la liberté. Ne pas dépendre de quoi que ce soit ni qui que ce soit d’autre que Dieu, et surtout pas de notre mérite ou de notre vertu.
Le jeune homme était venu en courant, se jeter aux pieds de Jésus, comme s’il voulait l’appeler au secours avec sa question : « Bon Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? »
Pour saisir pleinement le sens des réponses que Jésus donne au jeune homme, il faut nous rappeler qu’il parle à un juif riche, croyant et pratiquant. Ce n’est pas quelqu’un qui vit dans le faste et les fêtes, alors qu’un pauvre Lazare serait en train de mourir de faim à sa porte.
Non, au contraire, c’est quelqu’un qui a peut-être même une bonne longueur d’avance sur nous. Pas forcément, pour ce qui concerne sa richesse, mais en ce qui concerne le royaume de Dieu et la vie éternelle. Il fait partie de ceux qui connaissent les Saintes Ecritures depuis leur enfance et qui vivent aussi en conséquence. Qui de nous pourrait déjà dire, à propos des commandements : « J’ai observé tout cela dès ma jeunesse et je le fais toujours ? »
Et pourtant il lui manque quelque chose, et quelque chose qui le fait courir et se jeter aux pieds de Jésus, avec la question angoissée : « Que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? » Pour la vie de tous les jours et pour le pain quotidien, il ne se fait guère de soucis ; ses grands biens y suffisent largement. Mais, pour ses rapports avec Dieu, pour sa relation avec l’Eternel, oui, pour la vie éternelle, là, il n’est plus tellement sûr de lui. Pour cela il voudrait les conseils d’un « bon maître ».
Jésus invite donc le jeune homme à mettre sa confiance, non pas en un « bon maître » mais en Dieu, qui dans ses commandements montre le chemin de la vie ; et qui, seul, est digne de cette confiance totale, parce que lui seul est vraiment bon, parce que lui seul sait ce qui est vraiment bien.
Il est intéressant de voir que Jésus cite 5 commandements relatifs à l’amour du prochain, tous observés par le jeune homme, et qu’il lui manque cependant une chose. Jésus ne vient pas rajouter un 11ème commandement aux dix autres. Cette chose pourrait être résumée par « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, etc. ».
Oui c’est de la position de Dieu dans notre vie dont il est question ici, de la place que nous lui concédons face au reste et notamment l’argent, mais pas que !
Jésus veut tout simplement montrer que Dieu doit être à la première place dans la vie de chacun de nous, riche ou pauvre. C’est cela « aimer Dieu par-dessus toute chose » : aimer Dieu par-dessus les richesses matérielles, donc être prêt à y renoncer. Renoncer pour ne pas passer à côté de l’essentiel dans sa vie. Et ces choses essentielles ne s’achètent pas avec de l’argent : la joie, la paix intérieure, la sérénité, la confiance… Martin Luther disait :
« ce à quoi tu attaches ton cœur, c’est cela ton Dieu ».
Devenir riche pour Dieu, voilà à quoi nous appelle le texte de prédication de ce dimanche. Comment ? Par amour – en aimant Dieu par-dessus toute chose. Comment ? Peut-être en nous posant, chaque matin de cette nouvelle semaine la question : A quoi pourrais-je renoncer aujourd’hui pour m’approcher de Dieu ? Une question qui ne veut pas nous imposer des exigences pesantes, mais qui, au contraire, veut nous libérer et nous inviter à nous remettre entre les mains de Dieu et à suivre Jésus, le chemin de vie, dans l’amour et la confiance.
L’un des éléments essentiels du Salut que Dieu nous offre en Jésus Christ, c’est justement le rétablissement de la confiance absolue de l’homme à l’égard de Dieu. Et cela, il nous faut le réapprendre toujours à nouveau. Surtout dans notre monde corrompu, dont un politicien véreux prétendait : « Dans ce monde tout s’achète, il suffit d’y mettre le prix. » Bien sûr, nous citons sentencieusement le proverbe « l’argent ne fait pas le bonheur » mais nous y ajoutons tout de suite avec un air complice : « mais il y contribue quand même un peu » ! C’est cela la question déterminante : « jusqu’où pouvons-nous laisser aller ce besoin de sécurité par l’argent, sans que cela ne fasse obstacle à l’entraide fraternelle et à la confiance en Dieu ? » La confiance en Dieu ne tolère pas un cœur partagé. « Il te manque une chose » dit Jésus au jeune homme riche, « Va, vends tout ce que tu as, donne-le aux
pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens et suis-moi. Mais lui s’assombrit à ces paroles et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens. »
Nous ne sommes pas hors du danger de vivre dans une sorte de morale double
au lieu d’orienter la totalité de notre existence selon notre conviction chrétienne.
Extérieurement parlant, nous affirmerions évidemment, tel le jeune riche, que
nous nous en tenons aux commandements :  » nous ne volons pas, etc… »
Mais ne sommes-nous pas en danger de relativiser les commandements ou de les
déclarer comme « intenables » ? Où commence p.ex. le fait de voler ? N’y a-t-il pas
différentes manières de le faire, auxquelles nous nous associons parce que c’est
devenu une mode de la société, p.ex. la tromperie dans la déclaration des impôts ou le piratage ? — Ou encore : qu’en est-il du commandement :  » tu ne tueras point ?  » Ce
commandement ne perd-il pas aussi sa vigueur morale, parce que nous sommes
confrontés quotidiennement par la T.V. avec la violence, parce que nos enfants déjà
sont tentés de résoudre tel conflit par la violence qui défile devant leurs yeux ?
Ne devrions-nous pas être beaucoup plus attentifs afin de ne pas laisser infiltrer
nos esprits par le poison de la suggestion de résoudre tel conflit par la violence ?
Ou encore, un exemple très banal. Ne sommes-nous pas en danger dans notre
vie professionnelle, de nuire à tel collègue en propageant sur lui une fausse
mauvaise réputation, uniquement pour en tirer profit ?
C’est certain : le danger de vivre selon une morale double peut nous guetter
tous, le danger de soustraire tel commandement de notre comportement. Il est
donc important de prendre conscience de notre propre disposition intérieure, et de
nous laisser rappeler que Dieu attend de nous une obéissance claire et nette dans
tous les compartiments de notre existence. Et avant toute chose, il attend que nous dépendions de Lui pour cette obéissance !
Ce n’est que par un miracle qu’un chameau passerait par le trou d’une aiguille. Ce n’est que par un miracle qu’un riche accède au royaume de Dieu.
Exactement comme n’importe quelle autre personne. Toi et moi n’accédons au royaume de Dieu que par un miracle ! Par un miracle. Uniquement par un miracle. Et ce miracle, c’est la grâce : c’est Jésus-Christ lui-même ; l’Apôtre Paul écrit de lui : « Dieu était en Christ et réconciliait le monde avec lui-même. »
Qu’y a-t-il donc à faire pour hériter la vie éternelle ? Il ne s’agit certainement pas de jeter tous ses biens « aux cailloux du torrent », comme le voudrait un cantique du Réveil. Il ne s’agit pas non plus de dilapider sa fortune, comme le fils prodigue de l’Evangile. Les commandements de Dieu t’invitent à te souvenir des pauvres : ta richesse et ta fortune t’y aideront. Mais, pour entrer dans la vie éternelle, il n’y a qu’un miracle : « viens et suis-moi » dit Jésus. Viens et suis-moi : laissons résonner ces paroles en nous… !
L’Evangile, dans les versets qui suivent, nous présente aussi des gens qui ont tout quitté pour suivre Jésus : les disciples – ils possédaient certainement moins que l’homme riche – ils ont laissé un bateau de pêche, un poste de douanier, un ancien maître, Jean-Baptiste, leur famille,.. Lorsqu’ils ont entendu Jésus leur dire : « Toi, suis-moi ! », ils ont obéi, ils ont fait le pas de la foi. Et ils ne l’ont pas regretté : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ! » Les disciples, eux, ont trouvé la réponse à la question de l’homme riche : « Que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? »
Tout quitter pour suivre Jésus : est-ce une loi ? Un exercice de piété permettant de s’assurer une place au ciel ? – Non ! L’apôtre Paul écrit au chapitre 13 de la première Epitre aux Corinthiens : « Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, si je n’ai pas l’amour, cela ne me sert de rien. » Le véritable amour attend tout de Dieu et donne tout à Dieu, sans calcul. Jésus montre à l’homme riche ses limites : tu demandes ce que tu dois faire pour hériter la vie éternelle. Ce n’est pas la bonne question, parce que tu n’es pas capable de la gagner par toi-même.
Demande plutôt ce que Dieu peut faire pour toi ! Car la vie éternelle est inaccessible à l’homme ; entrer dans le royaume de Dieu par ses propres moyens est impossible. Mais  « tout est possible à Dieu. »
C’est lui qui peut changer notre cœur, « ôter notre cœur de pierre pour nous donner un cœur de chair », comme le dit le prophète Ezéchiel. C’est là que notre texte devient bonne nouvelle. Jésus n’est pas venu nous imposer des exigences pesantes. L’exemple de l’homme riche qui s’en va tout triste montre ce qui est impossible, mais dans un but positif : nous inviter à quitter le chemin de la loi pour nous remettre entre les mains de Dieu et faire confiance en ses possibilités. Jésus démolit d’abord l’ancienne construction qui n’est pas solide – ce que nous voulons faire par nous-mêmes – pour ensuite poser les fondements d’une construction nouvelle qui sera l’œuvre de Dieu lui-même. C’est le message de la grâce. C’est par pure grâce et non à cause de nos œuvres que Dieu nous ouvre les portes de son royaume et qu’il nous offre la vie éternelle. Accepter cette grâce donne une double liberté :
– la liberté d’apprécier avec reconnaissance les bonnes choses de la vie, y compris les richesses de notre monde ;
– et la liberté de renoncer par amour à tout ce qui pourrait nous empêcher de suivre Jésus sur le chemin qui passe par la croix, mais qui est le chemin de la vie.
Amen.