Prédication du 11 avril 2021.

Prédication apportée par le pasteur Clémence Bury.

*Lectures

Jean. 20 : 19-23 ;

1 Co. 15 : 1-11

La scène se passe au soir du jour de Pâque. Le matin, Pierre et le disciple bien-aimé ont constaté que le tombeau était vide. Marie-Madeleine a été le premier témoin du Ressuscité. Elle est venue dire aux disciples : « J’ai vu le Ressuscité et voilà ce qu’il m’a dit ». Mais cette annonce de la résurrection de Jésus ne semble pas avoir bousculé les apôtres. Par peur des Juifs, ils sont dans une pièce aux portes verrouillées.

Le Seigneur se moque des verrous et de la peur de ses disciples. En ce jour de Pâque, il est là faisant aux siens le cadeau inestimable de la paix. La paix est à l’opposé de la peur. Le résultat de la parole de Jésus est immédiat : les disciples sont dans la joie. La peur a disparu. Jésus renouvelle son don de la paix puis étend ce don au monde entier. Tous les hommes sont appelés à entrer dans la paix de Dieu en se réconciliant avec Lui. La communauté des disciples est chargée de cette mission. Munis d’une force venue d’en haut répandue par le souffle de Jésus, les disciples sont envoyés dans le monde pour apporter la réconciliation avec Dieu.

Ce récit propre à l’évangile de Jean, nous atteints par sa particulière actualité : il est récit pour des croyants qui sont à distance des événements évoqués (début du 2ème siècle ?) comme nous, et qui se trouvent, comme nous, confrontés à la difficulté d’être chrétiens dans un monde hostile. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter nos timidités à proclamer publiquement la Parole dont nous sommes habités !

Dans notre monde aussi, des chrétiens se cachent pour vivre ensemble la prière et la lecture de la Bible (Algérie, Égypte…), mais sans aller si loin, sommes-nous tellement à l’aise que cela pour vivre notre foi ? Ne sommes nous pas comme les disciples ici verrouillés à l’intérieur de nos Églises, de nous mêmes ? C’est dans ce verrouillage que le Christ ressuscité se manifeste, qu’il parle et envoie.

I. Christ traverse les verrouillages de nos vies :

Il est celui qui arrive à nous atteindre malgré toutes les précautions que nous prenons pour éviter qu’il nous touche !… Sa présence vivante ne peut que nous atteindre à un moment où un autre. Libre à nous de l’accepter, de le recevoir ou de le mettre de côté !… Libre à nous de nous laisser approcher, libre à nous de laisser nos verrouillages s’ouvrir ou au contraire de les renforcer….

Il est aussi celui qui vient à notre rencontre là où nous ne l’attendons pas : dans ces rencontres occasionnelles ou régulières, il fait irruption : il est l’inattendu tellement espéré !

Tous les disciples, et même Thomas dans la suite de ce récit, sont disponibles à cette présence. Comment se rendre disponible pour elle ?

Attitude vis-à-vis des autres ? Rôle de la prière ? De la lecture de la Bible et de la rencontre en vérité de ceux qui sont autour de nous….

II. Christ adresse une parole de paix

Christ parle ! Il est celui par lequel une compréhension est possible. Sa parole est parole de paix, mais aussi salutations toute ordinaire !… Un humain parle aux humains, en quelque sorte. Il accomplit cette parole du Deutéronome « la parole est tout proche de toi » (Dt 30,14). Il n’est pas le représentant d’un dieu lointain, mais présence du Dieu vivant « au milieu de nous »… Ainsi cette parole qui rétablit une relation coupée par la mort – mais aussi coupée par l’enfermement – peut-elle être parole qui donne la paix…. Et qui remet en marche : « Comme le Père m’a envoyé, je vous envoie ». Un envoyé en fait d’autres, en missionne d’autres ; Il y a un écho de la prière sacerdotale de Jean 17 dans ce « comme ». Être envoyé par le Christ, c’est être envoyé par le Père ! Voilà donc le risque de la rencontre : recevoir une parole qui ne laisse pas en place !

III. Christ souffle et donne pouvoir

C’est sans doute la partie qui nous est le plus difficile à accepter : la transmission. L’évangile de Jean reprend ici ce que l’évangile de Matthieu a dit par deux fois (Mat. 16, 19, à Pierre et Mat .18, 18 à l’ensemble des disciples). Rencontrer le Christ vivant, c’est risquer de recevoir une parole qui envoie et donne pouvoir ! Ou bien, dit autrement, l’envoyé par Christ est reconnu comme ayant une parole qui l’engage au-delà de sa simple dimension ! Le souffle reçu, ce vent qui entraîne et dont on ne sait ni « où il va ni d’où il vient » transforme notre rapport aux autres… Au point que nos paroles ne nous engagent plus simplement au niveau des relations interpersonnelles mais au niveau de leur signification profonde en « esprit et vérité ».

Effectivement, nous voici avec les témoins de la « chambre haute », déplacés par le souffle, mis en route, chargés de mission aux conséquences inattendues… Pourvu que nous nous laissions ouvrir à cette rencontre et ré-initier tous les jours.

Avec le don de l’Esprit, Jean met l’accent sur ce qu’il considère comme l’essentiel : le pardon. Si les disciples n’ont qu’une seule chose à faire, c’est cela. Chez Jean, Christ a porté le péché du monde (Jn 1, 29) ; les hommes en ont été libérés (Jn 8, 34-36) : d’esclaves du péché, ils deviennent fils.

La parole du Vivant se fait entendre, et cette parole est une parole de paix (« Paix à vous » – cette salutation habituelle en temps « normal » est plus chargée de sens dans la vie « résurrectionnelle »). Cette parole de paix est engendrée par le pardon reçu et à annoncer. C’est le programme. C’est donc moins à la plainte qu’à la paix et à la joie de cette Parole que Jean nous conduit. Encore convient-il que cette parole soit authentiquement, dans la bouche des témoins du Christ, parole libératrice et source de vie, sachant qu’en Christ tout est déjà accompli.

1 Corithiens 15, 1-11

On le comprend bien, la foi en la résurrection n’est pas une option ! C’est justement tout le sens du propos de Paul dans ce chapitre de l’épître aux Corinthiens, à savoir combattre l’erreur de ceux qui nient la résurrection des morts (v. 12). Pour cela, il part des affirmations fondamentales de la proclamation évangélique (v. 3-4) qu’il développe en énumérant les apparitions du Ressuscité (v. 5-11). Il en tire les conséquences relatives à l’opinion qu’il veut combattre (v. 12-34). Puis il répond aux objections sur le « comment » de la résurrection (v. 35-58).

Le préambule à une double fonction :

– D’une part, il renvoie les Corinthiens à l’Evangile qu’ils ont déjà reçu, accueilli et en principe, accepté. La réserve du verset 2 exclut en quelque sorte du débat ceux qui n’acceptent pas fondamentalement l’affirmation centrale de l’Evangile. Le débat en effet porte sur la résurrection des morts (v. 12 !). Paul entend, avant de l’aborder, s’assurer d’un point fondamental d’accord.

– D’autre part il permet d’inscrire l’affirmation fondamentale de l’Evangile comme la foi de toute la communauté chrétienne, quelles que puissent être par ailleurs les différences et les divergences : Paul ne défend pas là une position personnelle. C’est au contraire la pierre angulaire, la foi centrale, en dehors de laquelle il n’y a pas de base de réflexion, pas de débat possible.

La confession de foi de l’Eglise s’exprime déjà dans une formule structurée, en deux phrases strictement parallèles :

Le Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures. Il a été enseveli, Il a été réveillé le troisième jour, selon les Ecritures. Il est apparu à Céphas, puis aux Douze.

Voilà donc l’Évangile que Paul avait transmis aux Corinthiens. Ce n’est pas un système religieux, c’est un fait, le fait de la rédemption du monde par la mort et la résurrection du Sauveur. Si ce fait est nié, que reste-t-il?

La mort et la résurrection du Christ sont fondées dans les Ecritures avant d’être confirmées par des faits : l’ensevelissement et l’apparition. Ce fondement dans les Ecritures fait autorité.

Apparitions

L’énumération des apparitions à un double effet :

– Elle fait  » nombre  » et sert donc à confirmer l’affirmation première : Réveillé des morts, Christ a été vu.

– Elle conforte également l’introduction Je vous ai transmis, avant tout, ce que j’avais moi-même reçu et prépare la conclusion : eux ou moi, c’est le même évangile.

En effet la mention de Céphas, des douze et de Jacques pose comme bénéficiaires d’apparition des personnes avec lesquelles Paul a pris par ailleurs quelques distances (Galates 2/1-14). Mais tous ont en commun ce pivot central de l’Evangile : Christ est mort et ressuscité, et c’est ce qui importe !

Certains de ces témoins vivaient encore au temps de Paul, il en appelle à eux, malgré la certitude divine de son propre témoignage (verset 3). Il n’est aucun fait de l’histoire plus inébranlablement confirmé que celui de la résurrection de Jésus-Christ.

Paul ajoute son expérience à celle des autres visionnaires. Il est le dernier à avoir vu le Christ ressuscité. Là encore, il est ainsi associé aux autres, il n’est pas en dehors du noyau central de l’église. Il n’a pas autre chose à annoncer.

De cette apparition, Paul ne dit rien de plus que ce qu’il dit des autres : le Christ s’est montré à lui. Aucun détail, aucune circonstance, aucun portrait. Aucune tentative de décrire ce qu’il a  » vu « . Juste la certitude affirmée : le Christ crucifié et ressuscité s’est montré à lui.

En revanche, l’apôtre s’étend un peu sur son cas personnel : Il n’est pas digne d’être apôtre. Il n’avait aucune dignité particulière qui le prédisposait à recevoir une apparition du Seigneur. C’est au contraire cette apparition – cette grâce – qui a transformé l’avorton en apôtre, le persécuteur en porteur de l’Evangile.

C’est ainsi que la grâce de Dieu transforme en bien même l’erreur et le péché (verset 10).

La rupture intervenue dans la vie de Paul atteste sa rencontre avec le Ressuscité. C’est elle qui l’a intégrée au groupe fondateur de l’Eglise, lui qui en était l’adversaire convaincu. Inversement, la grâce qui a mis Paul en route est un effet immédiat de la résurrection. Celle-ci n’est pas un événement passé sans suite, mais une réalité présente qui transforme la vie du croyant.

En tout état de cause la résurrection est, pour nous au-delà de toute démonstration. La réponse, c’est notre foi qui la donne. Non la croyance en la véracité de tel ou tel fait, mais la foi en la personne de Jésus, le Christ.

La communauté de foi

On ne peut manquer de souligner l’insistance de Paul sur un point particulier : le fait que la foi au Christ crucifié et ressuscité est  » reçue  » et  » transmise  » et d’autre part qu’il s’agit du « bien commun » de tous les porteurs de l’Evangile. Ceux-ci peuvent avoir des divergences d’opinion sur les conséquences pratiques, éthiques, liturgiques de l’œuvre du Christ, mais le fondement reste le même. Refuser cette affirmation là, c’est ce placer en dehors de l’Eglise de Jésus-Christ. La foi au Christ ressuscité, c’est la foi au Dieu qui fait vivre par grâce.

Face au  » supermarché des religions  » où chacun puise ce qui lui convient, aux doctrines hindouiste à la mode, aux espoirs plutôt vain de voir la science (encore une religion) prolonger la vie, il nous faut réaffirmer que la proclamation de l’Evangile est celle de la grâce de Dieu. Que la résurrection du Christ est renouvellement de nos existences concrètes et promesse d’anéantissement de la mort.

La question est de savoir si nous croyons en Dieu, au Père de Jésus-Christ, Dieu d’amour et de vie qui fait éclater toutes les forces de mort. Et c’est cela qu’il faut transmettre !

Une foi partagée : reçue et transmise au-delà de tout débat, de toute discussion, une foi qui se transmet parce qu’elle fait vivre celui qui l’a reçue et celui qui la donne…

Conclusion

Aujourd’hui comme autrefois, cette prédication : scandale ou folie, provoque pour certains la risée, la colère, l’indifférence et pour d’autres, la foi.

Elle reste la seule prédication dont notre monde a besoin, parce qu’au centre de cette prédication se trouve le fondement même de notre message :

Jésus-Christ qui est mort pour nos péchés, qui est ressuscité et qui, parce que vivant, peut donner la vie à ceux qui s’approchent de Lui et placent en lui toute leur confiance.

Quelques questions :

1 ) Mettons-nous la mort et la résurrection de Christ au centre de notre foi ?

Y croyons-nous par habitude, mollement, ou sommes-nous fortement attachés à cette bonne nouvelle explosive ? C’est tout de même de la résurrection de Christ dont il s’agit, ce n’est pas rien !

2 ) Avons-nous mesuré notre privilège de chrétien : dans un monde où tout travail est finalement vain, savoir que notre travail pour le Seigneur a un sens !

3 ) Tous les témoins auxquels le Christ est apparu après sa résurrection sont unanimes. A notre tour l’avons-nous vu, non physiquement, mais révélé par le Saint-Esprit comme ressuscité et vivant ?

4 ) Comment se fait-il que nous soyons si hésitants ou si réticents à transmettre aux autres hommes une aussi bonne nouvelle ! Aurai-je honte de l’Évangile ?

Notre responsabilité :

Nous devons rendre grâce, montrer de la fermeté, accomplir un service joyeux, tout cela dans l’attente de la résurrection.

Il nous faut dire merci au Seigneur qui nous donne aujourd’hui l’Esprit-Saint, le consolateur qui nous enracine et nous maintient dans la foi et dans l’espérance.

Il nous faut rendre louange au Ressuscité pour les glorieuses perspectives que nous ouvre sa grâce, sa vie, notre vie avec Lui.

Nous te louons Seigneur parce que tu as déjà vaincu la mort et la crainte que nous en avions (v 30, 31)

Seigneur merci, parce qu’un jour je serai semblable à toi.

Que cette espérance renouvelle en nous le désir de le suivre et de le servir.

Le fondement de notre pardon et de notre vie éternelle, notre assurance et le salut que Dieu nous accorde, reposent sur la résurrection du Seigneur.

C’est la signature de Dieu, non seulement pour confirmer notre rédemption, mais aussi notre destinée éternelle. Sans la résurrection de Christ, notre espérance ne serait plus qu’une hypothèse hasardeuse. Jésus est ressuscité ! Et nous attendons son retour en gloire ! Maranatha ! Viens Seigneur Jésus, viens bientôt ! Amen !

  • Chant : Jem 770 « Jésus est ressuscité »