Prédication du dimanche de Pâques .

Message apporté par le pasteur Clémence bury.

Alès Pâques 04/04/21

*Prière

Actes des Apôtres 10,34-43

Les Actes des Apôtres, qui nous donnent de nombreux témoignages des disciples sur la résurrection, vont nous accompagner en première lecture. LIRE

Dans son discours à la maison de Corneille, Pierre rappelle d’abord que Dieu est impartial : il ne fait pas de différence entre les personnes, il n’accorde aucune préférence à quiconque pour son appartenance ethnique, sociale ou religieuse. Replacée dans le cadre de l’élection d’Israël, cette affirmation signifie l’extension de l’élection à tous ceux que Dieu appelle à la foi en Celui qu’il a oint de son Esprit. Cela est d’ailleurs appuyé dans l’évangile selon Jean (19 : 20) lors de la crucifixion de Jésus, car l’écriteau portant l’inscription « Jésus de Nazareth, le roi des Juifs » est, nous dit le texte, en hébreu, en latin et en grec ; autrement dit, dans toutes les langues que les gens parlaient et comprenaient. Tous ceux qui lisaient l’écriteau – un grand nombre nous dit encore Jean – comprenaient forcément l’une ou l’autre de ces trois langues ! Pierre résume le ministère de Jésus dans cette formule touchante de simplicité : « Là où il passait, il faisait le bien ». Or il a été mis à mort par des Juifs qui n’ont pas su reconnaître en lui le Messie Fils de Dieu. Mais Dieu l’a ressuscité. Il s’est manifesté à ses disciples qui ont reçu mission de témoigner qu’il est le Juge des vivants et des morts : il peut faire vivre de sa vie tout homme qui croit en lui. Ainsi, quiconque croit en lui reçoit le pardon de ses péchés. Quels que soit notre origine, notre passé, nous avons tous dans le Christ ressuscité un avenir, sa résurrection donne sens à notre existence.

Qu’est-ce que c’est, d’ailleurs, croire en lui? Croire qu’il est ressuscité? Oui, certes. Mais est-ce tout ? L’avons-nous laissé transformer nos vies ? Avons-nous pleinement intégré les conséquences de son œuvre de salut, sa mort et sa résurrection ? Avons-nous placé toute notre vie, toute notre espérance à la croix qui est la puissance de Dieu, seule capable de nous accorder le pardon de nos péchés, la réconciliation, la paix, la vie ? Christ est non seulement ressuscité, mais Il vit, Il règne ! Il veut changer nos vies, nous libérer complètement du péché et de la mort, nous réconcilier avec son Père, faire de nous son temple ! Le mot « Pâques » signifie « passage ». Comme le peuple hébreu qui, en sortant d’Egypte, est passé à travers la mer ; ainsi en Christ, nous passons de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière, de l’esclavage du péché à la liberté de l’Esprit. C’est tout cela que nous proclamons quand nous annonçons la résurrection de Christ !

  • Marc 16, 1-8 LIRE

L’évangile de Marc présente un récit du matin de Pâques très dépouillé. En huit versets, l’essentiel est dit ! A noter que la « version longue » de l’évangile présente un ajout tardif au texte originel.

Le récit commence dans la mort et la nuit, celle qui tombe sur le sabbat qui s’achève. C’est dans l’obscurité que les femmes achètent les ingrédients nécessaires à la toilette rituelle du mort. Ce sont les mêmes femmes que Marc place au pied de la croix (15, 40).

Entre la mort et la résurrection, il y a shabbat. Pour les chrétiens, il peut paraître étrange que la toilette mortuaire n’ait pas été faite avant pour un homme comme Jésus.

L’observance du sabbat a primé sur le devoir à rendre à un mort. Le sabbat est plus important que la mort et le deuil. Il est la première fête du judaïsme, le jour hebdomadaire où le Créateur régénère ses créatures dans le repos. Avant de rendre les honneurs à un mort, le premier devoir du croyant est d’honorer le Dieu de la vie.

Mais dès shabbat passé, la coutume des hommes reprend le dessus. Et c’est le travail des femmes ! Comme elles accompagnent la naissance, elle s’occupe de la mort, et des derniers gestes de tendresse et d’hommage à celui « qui n’est plus ».

Les deux Marie et Salomé achètent les aromates dès le sabbat passé, c’est-à-dire le samedi, à la tombée du jour. Elles ne se rendront à la tombe que le lendemain matin.

« Le premier jour de la semaine… »

A l’orée du jour, elles se mettent en chemin. Elles ne savent pas encore, qu’au détour des chemins de tristesse, la grâce surprenante les attend. Qu’une nouvelle fois, la lumière allait transpercer les ténèbres. Elles ne le savaient pas, que savons-nous nous mêmes de ce qui nous attend aujourd’hui ? Votre programme est-il complètement verrouillé déjà ? Y a-t-il quelque place laissée à l’inattendu ? Est-ce que ce jour pourrait être un premier jour, ou n’est-il qu’un jour comme tous les autres ? Comme le disait un pasteur américain (Theodore Epp), nous devrions vivre chaque jour comme si Christ était mort hier, ressuscité aujourd’hui et qu’il revenait demain !

Oui mais pour les femmes, il y a cette question :

« Qui nous roulera la pierre… »

La vie avant Pâques c’est la vie limitée, la vie sans horizon, sans but.

La vie avant Pâques c’est lorsque devant nous se présentent des épreuves qui nous semblent insurmontables, lorsque nous portons des peines qui nous semblent trop lourdes pour pouvoir continuer d’avancer, lorsque l’espérance ne parvient plus à nous alimenter.

Ce n’est pas la vie – l’avis – des femmes qui se rendent au tombeau.

Car il y a le « Qui ». Une poussière d’espérance qui demeure en elles. Sous la forme d’une question : « qui roulera la pierre »? Elles ne savent pas comment ni ce que sera ce « qui » mais elles ne disent pas « personne ne nous roulera la pierre ». Leur question est habitée par l’espérance. Tant que tu continues à te poser une question, c’est que tu demeures dans la vie. Elles se sont levées ce matin avec le soleil, elles ont pris la route, malgré leur peur. Elles ne sont pas laissées enfermer dans le désespoir.

Car elles l’ont rencontré, et selon le mot de Paul elles conservent la certitude que « C’est pour la liberté que Christ nous a affranchis. Demeurez donc fermes, et ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude » (Galates 5,1). Alors elles marchent.

« Levant les yeux… »

« Et, recouvrant la vue, elles aperçurent que la pierre, qui était très grande, avait été roulée ».

L’inclinaison naturelle de l’esprit humain lui fait généralement imaginer le pire.

Mais la réalité est souvent bien moins sévère que notre imagination. Il fallait oser lever les yeux, les ouvrir, regarder le monde tel qu’il est, non tel que nous croyons qu’il est. Et non plus tel que nous voudrions qu’il soit.

« La pierre, qui était très grande, avait été roulée… »

« Avait été » : c’est le passif de l’expression qui est important. Nous ne savons pas qui a roulé la pierre. Les pierres des tombeaux de Palestine nécessitaient habituellement une vingtaine d’hommes pour les mettre en mouvement. Elles étaient « très grandes ». A vue et raison humaines, cette pierre à rouler était inimaginable.

La démarche des femmes n’en est que plus étonnante. Elles savaient que cette pierre ne pouvait pas être roulée. Elles ne trouveraient nulle part les personnes bien disposées à les aider à déplacer cette pierre.

Pourtant elles y allaient, quoique se sachant impuissantes. Elles marchaient, s’abandonnant à Dieu.

Elles avaient l’attitude de celui qui se met au diapason du Dieu biblique. L’abandon en confiance qui porte à « espérer contre toute espérance », selon la formule de Paul en Romains 4.

Espérer contre toute espérance. Ce n’est pas de la passivité inerte, mais une attente active. Demeurer debout, en mouvement, ouvrir les yeux vers les tombeaux que nous croyons définitivement clos. Reconnaître que nous ne pouvons rien par nous-mêmes, par nos propres forces. Les pierres nous seront roulées, la force nous sera donnée, le chemin nous sera indiqué. C’est cela, la marche avec Dieu !

Abandonner l’idée que ce sont nos efforts, nos volontés qui gouvernent nos vies, pour nous confier en la bienveillance de Dieu.

Peut-être nos Eglises, qui se croient sécurisées par leur histoire, par leur patrimoine, gagneraient-elles à retrouver l’esprit du risque confiant. Ne pas se lancer uniquement dans des projets ficelés, maîtrisés, financés. Abandonner la peur de perdre le peu qu’il nous reste, de ce que nous avons été. Ne plus regarder l’histoire passée qui nous a construits pour ouvrir les yeux vers le monde tel qu’il est, vers nos contemporains tels qu’ils sont non tels que nous voudrions qu’ils redeviennent.

Ne plus craindre les obstacles, les pierres imaginaires que nous croyons fermement en place : croire que nous n’intéressons plus personne.

Le jour s’est levé. La pierre a été roulée. Laissons-nous surprendre !

C’est la première irruption du merveilleux dans le récit. Le tombeau fermé est ouvert. Il n’est plus impasse mais possibilité. Il ne contient plus la mort mais est devenu ouverture sur la vie.

Dans la tombe, un jeune homme. Première frayeur pour les femmes ! Non seulement la tombe est ouverte, mais il y a du vivant, et nous comprenons à son vêtement blanc, qu’il est un ange, un messager porteur de bonne nouvelle de la part de Dieu.

« Il est ressuscité, il n’est pas ici ».

« Un jeune homme assis à droite vêtu d’une robe blanche… »

L’ange dit la parole qui donne sens à l’évènement. La tombe ouverte et vide ne signifie rien en soi (le corps a pu être déplacé). Elle ne prend sens que par les mots prononcés. Là où les femmes cherchent un mort, un deuil, il y a annonce de résurrection…. et d’absence.

La robe blanche évoque la pureté, le renouvellement. Elle est la couleur liturgique de Pâques.

On peut penser à Apocalypse 7, 13-14 : « Et l’un des vieillards prit la parole et me dit : Ceux qui sont revêtus de robes blanches, qui sont-ils, et d’où sont-ils venus ? Je lui dis : Mon Seigneur, tu le sais. Et il me dit : Ce sont ceux qui viennent de la grande tribulation; ils ont lavé leurs robes, et ils les ont blanchies dans le sang de l’agneau ».

Cela signifie que les péchés, les souvenirs pesants, les craintes ont été balayées, lavées sur le mont Golgotha.

Ressuscité : le verbe est au passif ! C’est Dieu qui ressuscite Jésus. Proclamer la résurrection, c’est reconnaître l’œuvre créatrice de Dieu qui fait jaillir la vie là où l’homme ne s’attend qu’à la mort.

Au matin de Pâques, c’est Dieu qui fait irruption dans le deuil des femmes et dans les rites pré-établis. Dieu agit, bouleverse l’ordre de sa création. La parole de l’ange en appelle à la foi des femmes, des apôtres, des chrétiens en ce qu’elle confronte l’humain à ses limites. La limite physique, c’est la mort du corps ; la limite psychique, c’est l’angoisse. Le rituel et le religieux permettent de circonscrire ces limites, pas de les franchir. Dieu seul, créateur, bouleverse par sa Parole notre compréhension de l’ordre des choses : il ressuscite Jésus !

Nous croyons en un Dieu à qui RIEN n’est impossible ! Voilà pourquoi notre espérance n’a pas de limite, pas plus que notre foi ne devrait en avoir !

Absence : « il n’est pas ici ». Désormais, Christ est absent. Il ne s’est pas laissé enfermer par la tombe et la mort, il ne sera jamais prisonnier de nos rites ou de nos théologies. Il est Vivant, et la vie ne se laisse jamais contenir.

Il nous précède et nous attend – ailleurs que là où nous pensons le trouver parfois.

« Elles furent épouvantées… la peur et le trouble les avaient saisies… à cause de leur effroi…»

La lecture de la réaction des femmes peut surprendre. Est-ce cela la joie de Pâques ?

L’épouvante, la peur, l’effroi, là où nous attendrions cris de joie, exultation, enthousiasme.

La première réaction à l’irruption de l’inattendu est le choc, l’incompréhension.

Le bonheur peut faire peur. On peut fuir devant lui. Leurs yeux neufs les auraient-elles trompées ? Ce qu’elles viennent d’entendre, et de ne pas voir, dépasse toutes les espérances et imaginations.

Oui, la réalité habitée par Dieu peut être bien plus extraordinaire que les illusions dans lesquelles nous pouvons nous réfugier.

Mais à y regarder de plus près, plutôt que la peur, c’est l’incompréhension qui domine, la stupeur. Le terme grec ekstasis traduit par trouble signifie : hors de sens, hors de la stabilité, des repères connus, du confort installé.

Elles sont déstabilisées. C’est l’inconfort de la nouveauté, de l’in-connu qui les met en fuite.

On s’habitue aisément à la vie moyenne, sécurisée. Mais lorsque la grâce survient ?

Qu’en faire si elle bouscule notre ordonnancement bien réglé ? Et la grâce bouscule toujours !

L’être humain a une certaine capacité d’adaptation, d’acclimatation aux circonstances. Il sait s’habituer à la souffrance, à l’injustice, se résigner. Mais ce ne sont que des stratégies de protection. On ferme les yeux à ce qui nous dérange. On accepte un certain aveuglement pour ne pas être dérangés.

Et voici que Dieu vient faire sauter ces protections. Il fait entrer de l’air frais dans la vie de ces femmes, dans la vie du monde. Il « sur-oxygène » les existences. Que cela étourdisse un temps, est normal de même qu’un temps d’absorption du choc, de digestion de cette nouvelle. Leur première réaction va être la fuite.

Ne ressemblons-nous pas souvent à ces femmes ? Pourquoi ne sommes-nous pas plus porteurs de joie et d’enthousiasme ?

Peut-être tout simplement parce que ce que nous voyons chaque jour, c’est un monde qui crie et qui pleure, un monde qui vit dans l’angoisse et les terreurs de la mort.

Il est bien difficile de dépasser dans ces conditions nos peurs et vaincre nos paralysies.

Nous percevons toujours à nouveau la mort comme un point final qui met un terme à nos activités et nos projets, à la souffrance et la maladie, un terme à notre vie.

Alors essayons de regarder un peu plus à Dieu, et un peu moins au monde ! Le message dont nous sommes porteurs, qui nous a été confiés comme à ces femmes pour être partagé, est une nouvelle prodigieuse dont le monde a terriblement besoin ! L’espérance, la vie, le pardon, la paix, la puissance, la justice, l’amour… Qui aujourd’hui ne désire pas tout cela, objectivement ? Or ces trésors (et bien plus encore) se trouvent en Dieu qui a ressuscité Jésus-Christ.

Alors essayons de placer un double point derrière le message de Pâques.

Ce signe permet à une nouvelle phrase de commencer.

La mort termine une vie, mais elle est aussi le commencement d’une vie nouvelle.

La mort n’a pas le dernier mot. Christ est plus fort que la mort.

  • Colossiens 3, 1-4 LIRE

Oui la résurrection du Christ, c’est quelque chose qui nous provoque, nous questionne et finalement, nous emporte dans l’adhésion de la foi. Quand nous saisissons cette réalité insondable par la foi (puisque c’est la seule manière de la recevoir), nous ne sommes plus jamais les mêmes, car tout autour de nous change immédiatement. Notre regard sur le monde et sur la mort change, notre regard sur Dieu change ! Nous commençons à ce moment là une vie nouvelle, une vie portée par l’espérance de la résurrection, qui commence par la mort à tout ce qui faisait notre ancienne vie et plus particulièrement le péché, c’est-à-dire notre désir de vivre sans Dieu, d’être « sans foi ni loi » !

La mort et la résurrection de Jésus sont les deux faces indissociables de l’œuvre de réconciliation du Père avec nous. La mort de Jésus sur la croix, c’est l’expiation de nos péchés, la faute payée à notre place, la remise de dette ou, le chèque en blanc ! La résurrection, c’est la victoire totale sur la mort, c’est l’ouverture pour quiconque croit des portes du Royaume de Dieu, c’est l’espérance de notre propre résurrection et la proclamation de la vie éternelle ! C’est le signe de la toute-puissance de Dieu sur la mort et sur le mal. Sans résurrection, pas de victoire, et sans mort, pas de résurrection. Croire Jésus ressuscité, c’est vivre en sa présence puisqu’Il est vivant, présent !

Oui nous sommes morts avec le Christ, pour naître et vivre enfin pleinement ; nous sommes ressuscités avec Lui afin d’être héritiers avec Lui des promesses de Dieu. Nous sommes de nouvelles créatures, nous vivons pour Christ et Christ vit en nous.

Dans les récits évangéliques, la terre a tremblé quand le Christ est mort ; la terre a tremblé une seconde fois quand Il est ressuscité. C’est un événement qui ébranle tout sur son passage. Or si nous l’avons intégré et reçu, cela doit aussi se voir en nous, cela doit provoquer et interroger ceux qui nous entourent, les ébranler de façon positive.

Jésus nous a-t-il vraiment convaincus que Dieu nous pardonne de ne pas être à la hauteur de son attente, que nous sommes réconciliés avec Lui, et qu’Il nous aime de telle sorte que nous pouvons grandir devant Lui et vivre libres du péché et de la mort au cœur même du monde ? ! Convaincus, ce n’est pas vouloir comprendre, c’est recevoir avec confiance une certitude incompréhensible, comme l’immense amour de Dieu pour nous ; donnée finalement bien plus insaisissable que l’idée de résurrection !

Si cet amour de Dieu pour toi touche ton coeur ce matin d’une manière nouvelle, tu es heureux car c’est aujourd’hui le jour du salut. Il faut saisir la main de Dieu tout de suite dans la repentance, sachant qu’Il ne refuse pas celui qui s’approche de Lui. C’est pour toi qu’Il est mort, pour toi qu’Il vit ! Alors tu ne l’attendras plus comme Juge mais comme Roi !

Si nous qui croyons, nous nous sommes endormis ou refroidis, il est temps de nous réveiller, de nous réchauffer, car notre Seigneur et Sauveur, le Christ Jésus, est ressuscité !

Cela doit changer nos vies et nous animer tout à nouveau, nous devons le proclamer ! Amen !

  • Chant : ARC 471 « A toi la gloire »