Prédication du 30 MARS 2025.

Prédication apportée par la Pasteur Clémence Bury.

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30 mars 25 – 2 Co. 5, 17-21

2 Co. 5 : 17-21

« La réconciliation »

*Prière

Avant de lire le texte d’aujourd’hui, je voudrais que nous nous posions ensemble quelques questions. Voici la première : quel est le problème de l’humanité ? D’un point de vue biblique évidemment, du point de vue de Dieu ! Sinon nous aurions toutes sortes de réponses je pense !

La Bible enseigne que le problème de l’humanité, c’est le péché. Le point d’entrée du péché dans le monde nous est relaté en Genèse 3. Ce péché originel renvoie à la condition déchue dans laquelle nous sommes nés ; il s’agit de la corruption de toute la race humaine. C’est une révélation divine très importante qui vient directement en opposition à la pensée courante qui dit que l’homme est intrinsèquement bon et que c’est la société qui le corrompt. Ainsi nous faut-il comprendre que nous ne sommes pas pécheurs parce que nous péchons. Nous péchons parce que nous sommes pécheurs, par héritage de nature.

Ceci nous amène à la deuxième question : quelle est la conséquence (ou le problème) du péché ? Nous venons de le dire, nous péchons. Mais ce n’est pas la seule conséquence. La Bible enseigne que la conséquence du péché, c’est la mort (Ro. 6 : 23). Mais parfois nous limitons cette compréhension à la mort physique. Or ce n’est qu’une petite partie de l’iceberg ! Il y a aussi la mort spirituelle et la mort éternelle. Mais avant tout cela, si nous regardons au texte biblique de Genèse 3, nous constatons que la première des conséquences du péché est relationnelle, et c’est aussi une mort, en quelque sorte.

Immédiatement, les relations sont perturbées, déséquilibrées, brisées. Il y a rupture de communion, brouille, dispute. Ceci se retrouve à tous les niveaux de relation : entre l’humain et Dieu, entre les humains entre eux, entre l’humain et la création mais aussi, d’une certaine manière, entre l’humain et lui-même.

Le péché amène la discorde, la rupture, le conflit, la mort.

Pourquoi je vous dis tout cela ? Pour rappeler que Dieu, en Jésus, ne vient pas seulement payer la dette de notre péché. Il vient aussi réparer ce qui a été cassé et tordu, il vient restaurer toutes les relations, et il vient nous apprendre à vivre la vie de justice à laquelle nous étions destinés à l’origine, par son exemple vivant.

Le texte d’aujourd’hui nous invite à nous pencher sur la restauration des relations brisées par le péché, parce que Dieu veut nous libérer, nous guérir, nous remettre debout.

* Lecture

Ce texte nous parle de réconciliation. Avant d’aller plus loin et de saisir les implications théologiques mais aussi pratiques de cette vérité, je voudrais qu’on s’arrête un instant sur l’étymologie du mot qui est utilisé.

Le verbe traduit par « être réconcilié » est le verbe grec katallassw (katallasso) qui signifie « changer » ou « échanger ». On voit d’ailleurs au verset 21 de notre texte que ce qui a été échangé, c’est le péché contre le justice ! J’y reviendrai.

L’idée de la réconciliation, c’est donc la transformation. Ce verbe est utilisé par exemple pour parler de changer la monnaie, mais aussi pour transformer un ennemi en ami ou encore rapprocher des parties en conflit. Il est question de « revenir en grâce avec », de recevoir quelqu’un avec faveur. Cela évoque donc un changement, une transformation dans une relation ; pas seulement un échange mais une transition de l’opposition ou du conflit vers l’harmonie et la paix.

Il s’agit d’un processus de restauration d’une relation brisée, en particulier entre l’humanité et Dieu, mais pas seulement. On voit là parfaitement exprimé le renversement des conséquences du péché dont nous parlions en introduction.

Nous verrons donc comment la réconciliation nous est offerte, les conséquences qu’elle devrait avoir dans nos propres relations et le ministère auquel nous sommes tous appelés.

1. La réconciliation nous est offerte : un mystérieux échange

« Dieu était en Christ, [en train de] réconcilier le monde avec lui-même ». Cela a eu lieu à la croix. Voilà pourquoi aucune prédication ne devrait jamais occulter la croix. La croix est réellement le lieu de renversement de Genèse 3. C’est le lieu de notre salut, de notre pardon, de notre paix, de notre réconciliation. C’est le lieu de l’amour et de la miséricorde de Dieu, comme aussi de sa justice, de sa sainteté et de sa perfection.

Comment cette réconciliation s’opère-t-elle ? Par un échange mystérieux et extraordinaire :

– Jésus-Christ, qui n’a pas connu le péché, est devenu péché pour nous.

– Nous, qui ne connaissions pas la justice, sommes devenus justice de Dieu en Christ.

Voilà l’échange unique que Dieu opère en Jésus-Christ, cet échange qui conduit à notre réconciliation.

Cet échange était préfiguré dans l’AT par les sacrifices d’animaux mais aussi par la notion, exposée notamment au ch. 16 du livre du Lévitique, de bouc émissaire.

Ce rituel du bouc émissaire avait pour but de pacifier périodiquement les relations entre Dieu et son peuple. Et c’est bien de cela dont il est question ici, dans un cadre plus vaste et définitif, englobant l’humanité toute entière. Avec des changements d’importance qui ne peuvent être ignorés :

– ce ne sont pas les coupables qui désignent et donnent une victime expiatoire, c’est celui qui a été lésé, Dieu.

– la victime expiatoire n’est pas désignée arbitrairement mais pleinement participant de la démarche de Dieu.

Paul nous dit ici que nous n’avons ni à désigner des coupables, ni à nous justifier. Que Dieu a choisi de nous justifier en Christ et qu’il nous appartient simplement d’accueillir sa grâce, d’entrer dans la réconciliation avec Lui. Au v. 19 encore le grec est plus direct : « ne leur comptabilisant pas leurs manquements ». Telle est l’initiative de Dieu qui permet la réconciliation : la victime renonce souverainement à demander des dommages et intérêts.

La preuve : c’est lui qui paie le prix de la réconciliation, Lui qui décide de ce scandale : l’innocent est fait « péché » et les pécheurs déclarés justes !

La réconciliation est un pur don de la grâce. C’est un renversement unique. Christ a déjà accompli tout ce qu’il faut pour se charger de vos péchés et pour vous communiquer sa justice.

Dieu a pourvu lui-même au sacrifice, comme cela est préfiguré avec Abraham et Isaac. Il est venu lui-même, dans la personne de Son Fils. Il a pris notre nature en s’incarnant afin de porter notre péché sur la croix. Il a changé de place avec nous.

Ceci étant dit, rappelons qu’il n’y a pas que l’homme que Dieu réconcilie avec lui-même en Christ, car l’œuvre de Christ concerne aussi toute la création. Christ ramène tout à Dieu.

Et comme il est dit dans ce passage aux Corinthiens, « si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature [ou une nouvelle création] » (2 Co. 5 : 17).

2. Les conséquences dans nos relations

Ainsi par la mort et à la résurrection de Jésus, Dieu nous réconcilie. C’est le passage d’un état d’inimitié contre Dieu à un état d’amitié et d’acceptation.

Cet acte de réconciliation invite aussi les individus à réfléchir à leur propres vies et aux relations qu’ils entretiennent.

Prenons par exemple l’histoire du fils prodigue dans Luc 15 : 11-32. Cette parabole illustre parfaitement le concept de réconciliation. Lorsque le fils égaré rentre à la maison, le père non seulement l’accepte mais l’embrasse, signalant une restauration complète de leur relation. Les actions du père reflètent le désir de Dieu de se réconcilier avec sa création, réaffirmant l’importance du pardon et de l’acceptation.

Dans le contexte du pardon, on voit que lorsque des individus se pardonnent les uns les autres, ils vivent une forme de réconciliation décrite par ce même terme grec.

Ephésiens 4 : 32 encourage les croyants à être bons et compatissants, à se pardonner mutuellement comme Dieu leur a pardonné. Ce passage reflète la nature réciproque de la réconciliation : tout comme Dieu nous réconcilie, nous sommes appelés à faire de même avec les autres. C’est le sens de la requête du Notre Père : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons nous aussi à ceux qui nous ont offensés ».

Cette relation entre le pardon et la réconciliation signifie que celle-ci ne se fait pas seulement à un niveau superficiel. Elle implique des échanges émotionnels et spirituels plus profonds, favorisant la compréhension, la guérison, et une unité retrouvée. En ce sens la réconciliation va plus loin que le pardon. On entend parfois des gens dire : « j’ai pardonné mais je n’oublie pas », ou encore « j’ai pardonné mais je ne veux pas reprendre la relation ». Cela nécessiterait d’être approfondi mais cela peut s’entendre dans certains cas. En revanche, la réconciliation va au bout du pardon, elle débouche non sur une reprise, mais sur une transformation de la relation…

Ainsi notre relation avec Dieu est transformée, mais Dieu veut aussi transformer nos relations mutuelles et même notre regard sur nous-mêmes.

En ce qui concerne nos relations quotidiennes, l’application de ce concept est très pratique et concret. Que ce soit dans nos familles, sur les lieux de travail ou dans nos communautés, le processus de résolution des conflits peut transformer la dynamique de ces relations. Le récit biblique encourage les individus à se repentir et à rechercher la réconciliation lorsque des conflits surviennent.

Colossiens 1 : 20 utilise le terme katallasso dans le contexte du sang de Christ, suggérant que par son sacrifice, il a pu réconcilier toutes choses avec lui-même. Cette idée englobe non seulement la relation entre Dieu et les hommes, mais aussi les gens entre eux. Une église qui enseigne et vit la réconciliation est une communauté qui privilégie la paix, l’écoute et le dialogue constructif ; ce qui ne veut pas dire la mollesse ou la compromission.

Je crois qu’aujourd’hui comme hier, les relations sont très importantes. C’est sans nul doute le premier lieu de souffrance dans nos vies.

Ainsi, la notion de restauration et de réconciliation trouvent nécessairement un écho en nous, d’autant plus que « c’est à la liberté que vous avez été appelés » (Ga. 5 : 13), et que les conflits ou les discordes nous enchaînent, particulièrement quand ils remontent à notre enfance, car alors ils nous empêchent d’avancer et d’entrer pleinement dans l’identité nouvelle dont Dieu nous revêt en Christ.

Il convient donc de reconnaître cette souffrance, de l’identifier et de la traiter avec l’aide de Dieu qui veut transformer toutes nos relations. Son bras n’est pas trop court pour guérir ni pour délivrer, son cœur n’est pas trop étroit pour accueillir et restaurer.

Et parfois, cela commence par nous-mêmes, savoir nous pardonner à nous-mêmes et nous réconcilier avec notre histoire personnelle. Dans toutes ces choses aussi Dieu veut nous libérer et travailler en nous, par son Esprit, déverrouillant petit à petit les verrous qui nous empêchent de progresser dans notre marche avec Lui.

Le terme grec katallasso offre une vision profonde de la réconciliation qui incite les individus à s’engager pus profondément dans leur foi et leurs relations. Son utilisation dans ce texte notamment améliore notre compréhension de l’amour et du pardon de Dieu. C’est en cultivant notre compréhension de la réconciliation que nous, croyants, pourront incarner les enseignements du Christ, favorisant un environnement où la paix et la restauration sont vécues réellement, que ce soit en nous, dans nos relations inter-personnelles, dans l’église, etc..

Les croyants ne sont pas seulement les bénéficiaires de la grâce de Dieu, ils sont également appelés à étendre cette grâce aux autres par le pardon et la réconciliation.

3. Le ministère de la réconciliation

Par la mort et la résurrection du Christ, Dieu nous a réconciliés avec lui. Mais ce qui est marquant dans ce passage, c’est comment Paul décrit notre ministère.

Dans l’Évangile de Matthieu au chapitre 28, Jésus dit : « Allez donc, et faites des disciples de toutes les nations, en les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, en leur enseignant d’observer tout ce que je vous ai commandé. Et souvenez-vous, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. » C’est certainement notre mission.

De même, la réconciliation est notre devoir, notre commandement et notre ministère.

Il s’agit d’être des agents de réconciliation dans un monde divisé, fracturé. Et nul ne peut nier à quel point le monde est fracturé, dans chaque strate de la société.

Christ est médiateur de notre réconciliation avec Dieu, il nous invite à demeurer en Lui et à vivre de cette identité nouvelle qui fait de nous des ambassadeurs de la réconciliation.

L’ambassadeur représente son pays, il représente celui qui l’envoie.

Et bien mes amis, c’est exactement ce que dit ce texte ce matin : nous représentons Christ dans le monde afin d’exhorter les uns et les autres à saisir la réconciliation avec Dieu offerte en Jésus-Christ.

Quelle responsabilité, et quel privilège ! Avons-nous conscience d’avoir pour mission d’apporter la vérité de l’Évangile à ceux qui ne la connaissent pas, et d’être porteurs de la parole de réconciliation ?

On ne peut nier que nous ne voyons pas beaucoup de réconciliation dans le monde d’aujourd’hui. Ce n’est un secret pour personne que notre pays et notre monde sont incroyablement divisés. C’est le cas au niveau géopolitique comme au niveau social, relationnel ou intra-familial. Mais nous avons un rôle à jouer et une parole à apporter de la part de Dieu.

Notre rôle en tant que croyants devrait être celui de réconciliateurs. Sommes-nous des agents de réconciliation ou y a-t-il des domaines de notre vie où nous élargissons la fracture? C’est une question sérieuse qu’il nous faut nous poser individuellement, dans le secret de nos cœurs, en demandant au Saint-Esprit de venir éclairer pour nous ce qu’il nous faut voir. Il nous faut demander la sagesse et l’aide du Seigneur, pour être capables d’être artisan de paix, ambassadeur de la réconciliation.


Paul souligne que Dieu n’a pas « tenu compte aux hommes de leurs fautes ». Comment réagissons-nous face aux autres lorsque nous constatons des schémas de péché ? Notre approche est-elle plutôt du type « Va et ne pèche plus » ? Ou « Ne pèche plus,
puis réconcilie-toi » ? Si nous ne faisons pas attention, nous risquons de tomber dans le piège d’attendre des autres qu’ils se conforment à nos croyances et à nos désirs avant d’être prêts à nous réconcilier avec eux et à les accepter dans notre famille.

Si nous voulons ressembler au Christ, notre ministère consiste à être des réconciliateurs de ce monde, en laissant à Dieu la justice et en proclamant : « Réconciliez-vous avec Dieu. »

Le monde en a besoin ! Mais peut-être avons-nous nous-mêmes besoin d’être réconciliés avant de pouvoir être les ambassadeurs que le Christ nous appelle à être.

Que le Seigneur accomplisse en nous son œuvre de restauration, de pardon et de réconciliation, pour la gloire de Son nom ! Amen.

AEC 419 « Torrents d’amour »

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